Archives de Catégorie: Terrains de chasse

Billets sur des activités, des métiers, traditionnels et leur évolution.

Il était une rue… Godot de Mauroy (Paris 9)

De la prostitution à la restauration

Percée sous la restauration (1818) dans le cadre des opérations de spéculation foncière menées dans le quartier de la Madeleine, la rue Godot de Mauroy doit son nom aux propriétaires du terrain de l’époque. Elle relie le boulevard de la Madeleine et la rue des Mathurins. Un décret non exécuté (1858) prévoyait son prolongement jusqu’à la rue Auber.

Plan

Cette rue fut longtemps un haut lieu de la prostitution parisienne. Marcel Proust avait aidé son ami Albert le Cuziat à y ouvrir, en 1913, son premier établissement, Les Bains de Cuziat, au 11. Pour l’histoire, le Cuziat était un jeune breton venu chercher fortune à Paris ; entré comme domestique chez un duc polonais, il prospéra d’abord dans les services rendus à l’intérieur du milieu aristocratique. Il rencontra Marcel Proust lors d’une soirée mondaine en 1911. Une amitié et une complicité les lièrent rapidement. Il fournissait à l’écrivain les dernières histoires du « Tout-Paris pédéraste », lesquelles nourrissaient l’œuvre de Proust. Ce dernier, en finançant la création des bordels pour hommes de son ami, s’offrait ainsi un lieu destiné moins à assouvir ses besoins qu’à observer, avec la complicité du tenancier, les scènes qu’il pourrait retranscrire dans son œuvre. En effet, dissimulé derrière une fenêtre prévue à cet effet, il pouvait s’adonner à un voyeurisme serein. Le Cuziat ouvrit un second établissement, l’Hôtel Marigny (« le Temple de l’impudeur »), en 1917, soutenu une fois encore par l’écrivain.

C’est d’ailleurs une ex-prostituée de la rue, Marthe Richard, qui, touchée par la grâce, fut à l’origine de l’interdiction des maisons closes. Issue d’une famille modeste de Lorraine, elle s’enfuit de chez ses parents à 16 ans, et échoua amoureuse dans les bras d’un Italien proxénète. Elle devint ainsi prostituée dans les bordels à soldats de Nancy, où le rythme olympique (50 passes par jour) lui fit contracter rapidement la syphilis. Dénoncée par un soldat, elle dût se réfugier à Paris où elle entra dans une maison close de la rue Godot de Mauroy. Elle y rencontra en 1907 un riche industriel, Henri Richer, qui l’épousa en 1915. Elle se mua alors en respectable bourgeoise de la Belle Epoque. Ce fut elle qui déposa un projet à l’origine de la proposition de loi qui fut votée le 13 avril 1946 par la chambre des députés et qui instaura la fermeture des maisons closes.

Comme les rues de Provence et Joubert, la rue Godot de Mauroy mettra du temps avant de se défaire complètement des dessous encombrants de cette activité qui parasitait son renouvellement commerçant. Elle va bénéficier des efforts consentis par la Ville et la Préfecture pour chasser la prostitution du cœur de Paris, et de sa situation pour devenir en l’espace d’une dizaine d’années, une artère dédiée à toutes les formes de restauration, jusqu’aux concepts de l’air du temps. En effet, inscrite dans une zone à la fois à forte densité de bureaux (12 000 employés), et touristique (entre les Grands Magasins et la Madeleine), elle se trouve balayée par la vague de restauration qui envahit les quartiers centraux. Jouant sur la densité et la variété des cuisines, elle actionne, malgré sa situation naturelle encastrée, sa force centripète pour faire venir à elle les actifs à l’heure du déjeuner.

Les derniers vestiges de la prostitution, au-delà du seul sex-shop subsistant, sont à trouver dans les noms d’établissements. Comme la présence de Beckett par exemple chez deux d’entre eux : le Beckett, bistrot ouvert par un chef chilien (8, rue Godot de Mauroy, 20 €), ou le Molloy Malone’s, petit pub irlandais (21, rue Godot de Mauroy). Elle fait référence à l’anecdote selon laquelle l’écrivain irlandais se serait fait accoster par une prostituée tandis qu’il attendait le bus, à l’angle de la rue Godot de Mauroy. Devant son refus, elle lui aurait demandé s’il attendait Godot ? Une des explications possibles, loin d’être la plus plausible, du titre de sa fameuse pièce.

Godot de Mauroy

La rue illustre bien la folle vivacité de la restauration moderne, les rotations demeurant fortes, elle voit ainsi cohabiter indépendants et franchisés, aux spécialités intemporelles ou plus aléatoires. Elle offre encore des loyers moins inaccessibles que les artères adjacentes (rues de Sèze, Auber, Mathurins,…). Le chiffre d’affaires moyen des restaurants de la rue se monte à 330 k€ (assez élevé compte tenu de la surface souvent étroite).

Aussi trouvera-t-on aujourd’hui (demain, cela aura déjà changé) une belle représentation des cuisines du monde : japonaise avec Tonegawa au 8 (sushis, makis et sashimis), Tonki au 11 (en remplacement de Delyan), Tsubomi (15€) au 28.

Italienne Bella Vita au 11 (pizza, plats italiens), Comeprima au 33 (pâtes et viandes -20 €), et Toto au 35.

Grecque, avec la confrontation entre la version traditionnelle du au 24 (15/20 €) et de la moderne Gallika, nouvellement arrivée au 7, autour de la pita remarketée.

Libanaise : Rania au 26 (15/20 €).

Bretonne : Le Comptoir Baulois au 34 (25 €), la crêperie du Cap Breton.

La restauration verte et rapide, avec certaines variantes, est en nombre : Mongoo au 30 (3ème établissement après la rue de Washington et La Défense), l’enseigne Ankka qui ne désemplit pas au 16 (3ème également à Paris, après la rue de la Boétie et La Défense), Koss au 19, A la carte au 36, New Ferme au 41.

Les enseignes de restauration rapide : Pegast et Bagel Corner, toutes deux installées depuis moins de deux ans.

Un spécialiste du riz Rice bar, un du burger évidemment Un amour de burger au 7 (13 €).

Française enfin, avec La Muse du Chai, ma préférence, au 29 (option bar à vins), le Bistrot neuf ou Le Petit Tonnelier

Bref, la rue Godot de Mauroy était il y a peu encore un symbole des mœurs troubles qui ont marqué la société d’une époque passée. Elles ont été chassées des rues de la cité pour être remplacées ici comme ailleurs par la restauration moderne destinée aux actifs. L’âme de la rue s’est ainsi transformée, pour proposer aux hommes et aux femmes la satisfaction d’un autre besoin primaire, à la mi-journée voire le soir. Le reste du temps, elle s’éteint.

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L’entreprise Georges Bell

Première promo pour ce court roman que j’ai écrit pour prolonger l’exercice :

Aurélien se nourrit de vin, de littérature, et des rêves déchus d’entrepreneurs. Il écrit sur ces hommes et ces femmes qui un jour ont souhaité reprendre leur destin en main en créant leur entreprise, et qui, par là-même, ont provoqué leur malheur. Spectateur lucide de l’acte insensé – il se définit ainsi -, Aurélien marine dans le pessimisme quand un certain Georges Bell prend contact avec lui pour lui confier une mission singulière, une mission qui peut lui redonner confiance…
Pourquoi créer son entreprise ? Qui sera l’élu ? C’est à ces questions qu’Aurélien doit répondre pour trouver la lumière. Mais surtout que veut Georges Bell ?

Une fiction qui navigue dans les eaux agitées de la création d’entreprise.

http://www.librinova.com/shop/guillaume-bekelynck/l-entreprise-georges-bell
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Et Kobo

Tournée de Bars (à vins)

Les cartes de vins des restos laissent souvent un goût de… je vais prendre une carafe d’eau.
Se poser la question de choisir le premier prix pour limiter la casse : un grand Costalou à 24 €, et puis non, décidément, se résoudre à payer 30 fois le prix d’une bouteille, pour un restaurateur mal intentionné… une carafe d’eau. Et ne plus revenir. Voilà pourquoi la mode des bars à vins qui se propage dans les rues de Paris (près de 200) a ses vertus. Pour 24 €, normalement on s’en tire avec un véritable flacon ; voire, on a le luxe du choix. Une offre anti-crise et anti-déprime, le bar à vin surfe sur l’intérêt croissant suscité par la vigne et répond à une demande de convivialité, simple et chaleureuse. Aux patrons d’apporter leur ligne éditoriale, leur personnalité, et un relais créatif aux traditionnelles planches de fromages et de charcuteries. Encore que, c’est le terroir, on ne s’en lasse pas.
D’un point de vue business, le bar à vins dynamise la simple cave, plus inerte et lourde : le stock est imposant, les marges de la cave s’avèrent maigres (35 à 40 %), et la rotation lente. A cela s’ajoutent le rythme d’activité de la cave (concentrée en fin de journée, en fin de semaine), sa saisonnalité (décembre et les mois creux), et surtout une concurrence de plus en plus sévère : même en écartant les cavistes en ligne, localement la densité de caves sur un quartier peut devenir effarante, sans pour autant arrêter les ambitions de nouveaux croisés du vin. Un exemple, la rue de Lévis, un pôle commerçant du 17ème arrondissement, est arrosée maintenant par 6 cavistes, en plus d’un petit Nicolas, d’un Repaire de Bacchus, et du rayon vin de Monoprix. Difficile de tenir. Dans ce contexte, certains voient dans la spécialisation (parfois radicale) et/ou dans l’ajout d’une consommation sur place, une solution offrant un renfort de fréquentation et une activité bienvenue.

Voici une sélection de bars à vins, qui sort des institutions, faite sur les hommes d’abord, le lieu et la carte des vins aussi.

Le Bouclier de Bacchus
18, rue Saint Lazare – Paris 9
bouclier Carreaux de ciment au sol, un bel ordonnancement de bouteilles dans des étagères de briques et de bois, une pile de cartons qui s’amoncelle à l’entrée faute de place dans les étagères, au Bouclier, on aime le vin avec gourmandise et passion. On peut le déguster au milieu des bouteilles au rez-de-chaussée, ou à l’étage dans un salon lounge. Des planches ou une restauration à l’ardoise qui varie tous les jours, mais qui revient aussi (ouf, le moelleux au Maroilles n’est pas perdu). Philippe, l’âme du lieu, trouvera l’association adéquate, au doux prix de la cave. Le Bouclier est victime de son succès : la réservation le soir est vivement conseillée.

Le Vin au Vert
70, rue de Dunkerque – Paris 9
Une cave positionnée sur les vins issus de l’agriculture biologique. Etienne et Sébastien ont créé ce lieu, au sud d’Anvers, en 2009 pour partager et promouvoir ce goût croissant d’une demande en quête de sens. Œnologues tous 2, l’un côté vignes, l’autre côté vente, ils ont uni leurs sillons en concevant ce lieu à double détente : une cave à gauche et des tables à droite. On y déguste les vins exposés (prix cave + droit de bouchon) avec un plat simple et sur le produit ou une planche de charcuterie. L’accord sonne forcément juste.

L’Ivress
5, rue Poissonnière – Paris 2
ivress Créée de toute pièce entre le Sentier et les Grands Boulevards, L’Ivress monte et gagne par un sens de l’accueil hors norme. Dans un lieu à la vitrine et aux volumes généreux, servi par une pierre apparente et une décoration étudiée, Loris et Christophe s’appliquent à vous faire passer un très bon moment : une carte des vins précise et serrée, un conseil enthousiaste, qui n’hésite pas à faire goûter pour achever de convaincre ; des planches opulentes et présentées avec distinction. Vos souhaits sont écoutés voire anticipés. Un luxe. Sans la pression de la rotation des tables : quand le restaurant est complet (souvent), les entrants sont priés de repasser.

A l’heure du Vin
46, rue Sainte Anne – Paris 2
Trésor Au milieu des sushis, se dresse cette oasis viticole. A l’heure du vin se décompose en un bar bistrot au rez-de-chaussée, et une cave climatisée avec une salle de dégustation au sous-sol. 120 références issues des vignes françaises, corses et du Nouveau Monde offertes à la dégustation ou à la vente. Une mention particulière pour le gras et très classieux, Condrieu du Domaine Barou, qui plus est, disponible au verre. Pour accompagner la dégustation, des assiettes de charcuterie et/ou de fromage corses (provenance certifiée), bruschetta, salades.

L’Ambassade de Bourgogne
6, rue de l’Odéon – Paris 6
Bourguignon d’origine, Philippe voit la vigne en Pinot noir et en Chardonnay. Il s’attaque avec L’Ambassade de Bourgogne, à une région riche en complexités. La cave propose une offre incomparable (600 références !) et qualifiée de flacons issus moins des grandes maisons que des vignerons. L’entreprise est audacieuse, pour le plus grand plaisir des amateurs de la région et de ses vins. L’Ambassade est également un bar avec une gamme de vins au verre, accompagnant un morceau de Cîteaux ou d’Epoisses, du jambon persillé de Bourgogne.

Dilettantes
22, rue de Savoie – Paris 6
dilettantes-ext-11 Marre des Moët, Heidsieck ou Duchêne ? Aux baronnies effervescentes vous préférez les vignerons authentiques ? Dilettantes vous invite à rencontrer, au sens propre comme au figuré, 25 artisans du raisin, et 6 de leurs cuvées, dans une cave qui leur est dédiée au cœur de Saint Germain des Prés. Sélectionnés pour leur typicité, ils représentent la gamme tout en nuances offerte par les 4 principaux terroirs de la prestigieuse appellation.
Fanny, elle-même fille de vignerons, expose ainsi à la lumière parisienne ces vignerons talentueux et propose une autre façon de goûter les Champagne.

La vogue des concepts « family friendly »

Chose nouvelle qui tend à s’installer depuis 5 ans à Paris, l’essor de boutiques destinées aux enfants et/ou à leurs parents. Dans le sillage de Cafézoïde et du Poussette Café, de nombreux espaces associant des activités hybrides germent pour réconcilier les 2 générations en même temps.

Le phénomène s’explique d’abord par le manque de structures ad hoc, un désert qu’a traversé tout jeune parent, dont le quotidien est inextricablement lié à celui de l’enfant. Comment peupler les boiteuses journées en dehors du sempiternel square et de ses 3 attractions squattées par la même horde de petits sauvageons ? Et où aller les jours de pluie ?… Cette expérience, ce traumatisme, se révèle ainsi une source d’idées de création d’entreprise. Plus généralement, la grossesse, le congé maternité et le temps qui accompagne la naissance de l’enfant, est un moment fécond pour un cerveau en ébullition : l’envie d’un renouveau professionnel (l’épanouissement s’affranchit des codes antérieurs, voire ne les tolère plus) rencontre les manques observés dans la nouvelle vie de parent (activité, vêtement, équipement du nouveau-né). Avec de près ou de loin, le besoin d’échanger, de créer du lien, autour de ce qui change une vie, la maternité. Ainsi, nombreuses sont les mères (les pères dans une moindre mesure, le modèle de la famille traditionnelle reste robuste) qui profitent de ce temps particulier pour monter un nouveau projet de vie professionnelle qui assimile leur nouveau statut. Motivation, idée et déclic se trouvent synchronisés, tout en s’inscrivant dans un temps de maturation disponible (chose précieuse).  Bref, toutes les conditions sont réunies pour passer à l’acte.

Ces établissements répondent par ailleurs à un besoin, une attente, qui ne s’arrête pas à ce qu’a pu ressentir l’entrepreneur isolément. Ils témoignent d’une aspiration collective à de nouveaux lieux de vie, porteurs de valeurs et de sens, qui incluent les enfants. Ces initiatives s’inscrivent dans une vie quartier, la nourrissent, et dépassent le simple lien commerçant. Une relation plus intime se noue naturellement. Notons d’ailleurs la mobilisation commune lancée en juin dernier par plusieurs de ces établissements pour faire se rencontrer les parents « laissés pour compte des crèches », et des nounous. Une entreprise citoyenne qui illustre bien l’objet particulier de ces commerces pas comme les autres.

D’un point de vue économique, la gestion de ce type de structures, au-delà de la multiplicité des activités, se heurte à 2 difficultés majeures : le coût de l’espace, et la double inconstance des familles. Les locaux, s’ils veulent être appréciés des clients-cibles, doivent être suffisamment vastes pour accueillir et faire cohabiter enfants et parents. Le prix du m² à Paris n’est pas l’ami des commerçants. Et la rentabilité de l’espace est rudoyée par le rythme singulier des familles : une surpopulation le week-end, une bonne affluence le mercredi, tandis que les jours de semaine sont plus calmes. Et le problème des vacances scolaires qui apporte une nouvelle saisonnalité à l’activité. Ces établissements estampillés « pour les familles », doivent souvent faire preuve d’imagination pour diversifier leur clientèle, voire leur activité, et optimiser ainsi le taux d’occupation du lieu (privatisation, événementiel, coffrets, CE,…).

Les 400 Coups  (12 bis rue de la Villette-19ème) est un restaurant créé par 2 associées qui ont souhaité proposer un lieu de sortie sympa pour les parents, avec un véritable espace de jeux et d’activités pour leurs enfants. Il a conquis une clientèle d’adeptes qui dépasse le périmètre du quartier. Il offre une escale savoureuse et divertissante sur le chemin du Parc des Buttes Chaumont. De nombreux ateliers sont organisés pour les enfants le mercredi.

Le Petit Café du Monde Entier (95 rue du Chemin vert-11ème), Le Petit Bazar (128 avenue Emile Zola-15ème) offrent un lieu social articulé autour d’un café, d’une boutique et d’ateliers organisés pour les enfants.

Poule Mouillette (13 rue des Récollets-10ème) est la dernière venue sur ce mode, la boutique doit voir le jour pendant l’été, et prend une forme similaire de boutique café.

ApiNapi (59 avenue du Dr Arnold Netter-12ème) quant à elle, occupe la niche « retour vers le futur » des couches lavables, avec une offre étendue à d’autres produits de naissance. Et toujours les ateliers de sensibilisation pour les futures mères.

Mum & Babe (3 rue Keller-11ème) se positionne sur le terrain du bien-être, il permet aux mères de prendre soin d’elles (coiffure, beauté) pendant que leurs enfants s’occupent dans une salle voisine. Lucie, sa fondatrice, a anticipé son besoin de mère, et l’a vécu par procuration lorsqu’elle a eu l’initiative de ce projet.

Dans tous ces lieux, on loue l’échange, la convivialité, autour de sujets quotidiens et essentiels ; le bio, le sain, l’éthique, constituent également un socle commun.  

Pois Plume enfin (71 rue d’Argout-2ème & 4 rue Henri Monnier-9ème) est une boutique-univers très singulière autour de la naissance. Elle propose des objets, des vêtements et des accessoires pour accompagner les nourrissons avec douceur et bon goût. Pois Plume lance également sa propre collection de linge (gigoteuse, nid d’ange, housse, tour de lit…).

Le commerce équitable – info trafic

La quinzaine du Commerce Equitable s’ouvre dans un contexte paradoxal pour ce secteur : s’il s’est largement imposé dans les mœurs, il peine toutefois à se traduire dans les comportements d’achat. En effet, une enquête commanditée par l’Association Max Havelaar, montre que le Commerce équitable jouit d’une notoriété forte, d’une adhésion aux principes qui l’animent : 91 % des personnes interrogées jugent la démarche positive. Dans une société aux prises avec les questionnements sur le sens de l’existence, sur le sens de sa consommation, le commerce équitable apporte des réponses acceptables, il apaise les consciences. Mais, il n’a pas le monopole du cœur, d’autres voix touchent les consommateurs valeureux ; pis, croire et pratiquer s’avèrent 2 exercices différents. En fin de compte, moins d’un français sur 3 achète équitable régulièrement. Et la trajectoire observée soulève des inquiétudes.

Si ce secteur alternatif continue de progresser, il affiche quelques signes de faiblesse. Le rythme de sa croissance, aux allures chinoises depuis une dizaine d’années (+ 13 % en 2009 encore), a sévèrement fléchi en 2010 (+5 %), soit 350 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre 460 milliards d’euros pour le commerce de détail dans son ensemble). La part de marché de l’équitable sur son produit phare, le café (qui représente 40 % du CE), ne dépasse pas la barre des 5 %.

La crise, bien évidemment, et les tensions qu’elle provoque dans le budget des ménages, dans son ouverture au monde, infléchit la consommation vers le meilleur marché. Le prix ressort d’ailleurs comme le premier frein (1 personne interrogée sur 2 estime que les prix de ces produits sont excessifs). Cette tendance se reflète dans les super et hypermarchés, puisque en 2010, ces distributeurs enregistrent une baisse nette des ventes de produits équitables de grande consommation de 2.4 %, frappant surtout les produits estampillés Max Havelaar (-9.2 % en 2010 et -4 % en 2011), alors que les marques de distributeurs, moins chers en général, progressent encore de 4.6 % en 2010. La crainte de voir ces grandes enseignes réduire la place accordée à ces produits est réelle. Devant la tiédeur des résultats observés, devant le développement d’autres façons de consommer responsable (le français, le local), certaines chaînes amorcent le virage.

La Plateforme pour le commerce équitable (PFCE) qui réunit une quarantaine d’entreprises, associations et commerçants, entend identifier des leviers de croissance, voire ouvrir la démarche à d’autres sphères citoyennes, comme les échanges Nord/Nord. Le commerce équitable concerne un nombre limité de produits (café, cacao, fruits, coton, textile ou cosmétique essentiellement), situés sur des segments mûrs. Pour franchir ce palier, le mouvement ne s’accorde pas toujours sur la stratégie de développement à suivre. Max Havelaar, qui avait prôné un essor de masse passant par la grande distribution et peut être assoupli, en conséquence, les critères de labellisation en amont (ouvrant par exemple ses portes aux grandes entreprises et aux plantations pour répondre à ces nouveaux canaux), ressort fragilisée par le reflux de ses ventes. En terme de budget propre, mais aussi d’un point de vue de ligne politique. Ethiquable a substitué un nouveau label, « Producteurs Paysans », sur 2 de ses produits phares.

En définitive, la multiplication des labels nuit au besoin de transparence et de lisibilité demandé par le consommateur. Et attise son scepticisme. Le doute sur l’efficacité de la démarche, sur les bénéfices réels pour les petits producteurs, est le 2ème frein cité par les personnes interrogées (37 % des non consommateurs). De peur d’être dupé, il préfère se rabattre sur d’autres produits, porteurs de « valeurs » (36 % de cette catégorie dit privilégier l’achat « français ») ou non. Aussi les acteurs de l’équitable doivent-ils redoubler d’informations, de communication, auprès des consommateurs intransigeants ; certifier les engagements et réalisations qui les lient aux producteurs locaux. Laver plus blanc que blanc, sans tomber dans le suspect. La tâche n’est pas simple.

L’évolution commerçante à Paris

L’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) a publié en début d’année un rapport, établi en partenariat avec la Mairie de Paris et la CCIP, sur L’évolution des commerces à Paris entre 2007 et 2011. Les rues de la capitale ont été ratissées par une équipe d’enquêteurs pour inventorier l’ensemble des locaux commerciaux en rez-de-chaussée. Qu’en ressort-il ? Comment interpréter l’évolution du nombre de commerces par activité : reflet des changements des consommateurs et de leur mode d’achat (commerces indépendants, enseignes et Internet), de la modification du besoin (apparition, stagnation ou disparition), ou de la crise des vocations (moins de professionnels du métier) ?

Panorama général

 Une relative stabilité du nombre de commerces. 61 232 locaux commerciaux en 2011, contre 62 139 en 2007. En effet, la baisse se relie à des annexions de locaux par des commerces qui se sont agrandis.

Le centre de Paris présente une intensité commerciale exceptionnelle, il draine les consommateurs de la Région, voire de la France et de l’étranger pour certaines activités : il concentre les grandes artères commerçantes, les 4 grands magasins historiques, le Forum des Halles, les grands magasins du luxe.

Par ailleurs, on dénombre une quinzaine de pôles d’attraction de niveau parisien : autour de places (Italie, Bastille, Nation), ou sur des artères (avenues du Général Leclerc, des Ternes).

Une soixantaine de « rues marché », d’intensités variables, rassemblent les produits et services du quotidien à leurs résidants.

Les 70 marchés découverts et les 12 marchés couverts viennent compléter cette offre.

Le territoire parisien est également marqué par des pôles spécialisés : 3 de commerce ethnique (Goutte d’Or, faubourg Saint Denis et le Triangle de Choisy), 1 de commerce informatique (Montgallet), 1 d’artisanat d’Art (Viaduc des Arts), et 1 de tissus (Marché Saint Pierre). Le commerce de gros dans le Sentier et Sedaine-Popincourt pour le textile, et Beaubourg-Temple pour la maroquinerie.

A noter, l’effort volontariste réalisé par la Ville pour agir sur ce paysage commercial via notamment les bailleurs publics ou mixtes : visant à promouvoir certaines activités comme l’artisanat d’art le long du Viaduc des Arts, à lutter contre la trop forte concentration d’activités moins désirées dans les quartiers évoqués et veiller à les redynamiser en y greffant des commerces de proximité (Goutte d’Or, Sentier,…).

 Une légère hausse du taux de vacance : 9.6 % contre 9.4 % en 2007. Les plus fortes proportions de locaux vacants se concentrent dans le grand quart nord-est de Paris, dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement), ceux de Saint-Blaise et de la Réunion (20ème). Dans le sud du 13ème arrondissement, le long des voies ferrées de la gare Montparnasse. Les 10ème et 11ème arrondissements pâtissent de l’érosion du commerce de gros.

Par ailleurs, une zone commercialement dense a tendance à se consolider, tandis qu’un quartier où le commerce est peu abondant vient à se dépeupler encore.

  Les « gagnants »

 L’activité essentielle du « bien-être » au sens large ne cesse de croître.

Les Instituts de beauté et les autres soins corporels (bronzage, massage, spa, onglerie) ont vu leurs nombres augmenter respectivement de 15 % et de 71 % pour représenter 1 210 et 606 établissements (soit un gain de 410 lieux où la beauté est célébrée).

Les salons de coiffure demeurent (2 545).

 La restauration rapide assise continue sa progression étourdissante : 1 878 locaux en 2011, soit + 28 %.

Les restaurants asiatiques ont augmenté de près de 17 % (1 519).

 Les commerces alimentaires de niche se développent et offrent des produits en opposition à la gamme massive proposée par les enseignes : les commerces de produits « bio » augmentent de 10 % chaque année, ils sont 167 dans la capitale. Les épiceries spécialisées se sont également étendues (+10 % sur la période). Les Vendeurs de douceurs, les chocolateries par exemple ont gagné 36 unités (286 en 2011), les cavistes 64 (ils sont 473).

Sans doute faut-il voir dans ces percées autant (voire davantage) l’engouement de nouveaux commerçants pour ce type de produits (une création passion ou philosophique) qu’une réponse à la hausse d’une demande (réelle néanmoins). La prolifération des caves à vin pose par exemple question (l’activité étant très concurrentielle, consommatrice de capitaux, aux marges serrées, au marché délimité : quelle logique économique y-a-t-il à créer une nouvelle offre dans un quartier qui n’en manque déjà pas ?).

 La conquête des supérettes se poursuit : + 16 % et 52 magasins en plus, sous différentes enseignes.

  Les « perdants »

 Le commerce de gros diminue de 15 % (457 établissements en moins). Les pôles restent le Sentier pour l’habillement et le textile, mais en voie de contraction, suivi de Sedaine-Popincourt (11ème) ; une dernière zone spécialisée dans la maroquinerie, les accessoires de mode et la bijouterie, située dans le quartier Beaubourg-Temple, stagne.

 Les librairies papeteries presse ont perdu 211 points de vente (- 14%) : cette tendance traduit les difficultés du secteur face à la montée en charge d’Internet et de la lecture gratuite, et le repli de la lecture en général.

 Les commerces de meubles et d’équipement du foyer ont diminué de 11 % (200 locaux en moins). De même, les commerces d’électroménager et de Hifi (-20 %/64 boutiques), les antiquaires (-16 %/154 boutiques), et les merceries et les bazars (-12 %/101 boutiques).

L’activité semble affectée par le manque de grandes surfaces disponibles dans la capitale et le niveau des loyers, qui réfrènent les élans créateurs. Sur ces produits, l’offre Internet et d’enseignes rencontre un succès croissant. L’indépendant peine à rivaliser (coûts et moyens / marché).

 Le commerce alimentaire traditionnel résiste dans la douleur : les boulangeries ont perdu 3 % mais représentent toujours 1209 commerces ; la boucherie en revanche poursuit son déclin (- 9%), elles sont 591 à Paris en 2011. Les crèmeries et fromageries sont au nombre de 117 (-11). Les poissonneries ne sont plus que 105.

La restriction de ce type de commerce vient à la fois du manque de candidats à l’exercice indépendant de ces métiers et à la croissance simultanée du nombre de supérettes (+20 %), lesquelles prennent une place significative sur ces segments.

 Les artisans tels les tapissiers (-13 %), les électriciens (-17 %), les plombiers (-6 %), les menuisiers (-22 %),…

 Parmi les victimes de la modernité, nous citons les boutiques de photographie (il n’en reste que 81 à Paris), les agences de voyages (-16%), les photocopies (-16 %), les imprimeries (- 16 %).

  Quelques tendances lourdes se trouvent illustrées par ces chiffres : la croissance continue de la beauté, de la restauration rapide, la conquête continue du territoire par des enseignes alimentaires, l’apparition d’une offre alimentaire de niche.

A contrario, d’autres activités accusent une baisse parfois conséquente, soit du fait d’un repli de la demande, d’un changement dans le mode d’achat, notamment avec l’essor d’Internet, ou de la crise des vocations (les artisans au sens large). Ces raisons sont souvent cumulables. L’inflation du foncier accélère également cette tendance, ébranlant l’équilibre économique de bien des activités.

Bien évidemment, la connaissance précise du territoire parisien est nécessaire pour réussir l’installation d’une activité commerçante qui selon ses caractéristiques et sa nature, doit privilégier une terre particulière. C’est bien connu, tout est question d’emplacement (et de son coût)…

Les librairies : un commerce en voie de disparition ?

Télérama titrait récemment « Et s’il n’y avait plus de libraires ? », et vouait son dossier aux menaces pesant comme un couvercle sur le métier.

Le magazine culturel n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme : « Lettre ouverte d’un libraire accablé », « La fin de la librairie : ce n’est pas l’internet qui a tué la librairie», « Les petites librairies sont à la peine »… Bref, les articles nécrologiques pleuvent sur l’état du secteur. Faut-il s’en inquiéter ?

  

 

Derrière cette cristallisation angoissée se noue une sorte de guerre larvée entre des anciens, déplorant la déliquescence intellectuelle, et des modernes, champions de la nouvelle frontière libertaire, guerre de valeurs notamment, grosse de préjugés et nourrie par les évolutions, technologiques, culturelles et soci(ét)ales. Le libraire en serait un des symboles : le gardien du temple culturel, ou l’anomalie rétrograde.  Noir, blanc.

 La lecture, fruit du milieu, de l’éducation, ou de (non) rencontres, constitue un des termes du débat. Elle voit sa part dans le temps et le budget des ménages se crisper au profit de loisirs et d’occupations « concurrents » : les Français passent, d’après l’Insee, la moitié de leur temps libre (soit 5 heures par jour) devant un écran. La lecture (y compris sur Internet) ne représente guère plus que 20 minutes par jour. Suffisant pour s’informer (un gratuit en a fait son nom), pour dévorer un roman de Guillaume Musso ou pour s’indigner avec Hessel. Cela ne signifie pas que le Français, par ailleurs, ne réfléchit pas, ne se cultive pas, ne découvre pas avec gourmandise et curiosité, humilité, n’alimente pas une vie sociale épanouissante. Une vie devant l’écran n’est pas incompatible avec une forme de recul sur l’existence, avec une certaine philosophie qui extrait de l’immédiateté et de l’immensité dépourvue de reliefs apparents. Et puis après, qu’importe.  Pourquoi faudrait-il nécessairement s’intéresser à Sophocle, Philip Roth ou Gérard de Nerval ? Quel fondement à cette hiérarchie établie ?

Le rapport au livre et à la lecture est une affaire toute personnelle. Certains ne jurent que par le papier, d’autres se sont convertis au temps du numérique et à la liseuse, certains combinent les 2 modes de lecture ; une majorité enfin reste fidèle à l’abstinence et demeure éloigné de ce loisir violent.

Bref, le livre, le vrai (que signifie d’ailleurs un « livre » numérique ?), doit partager, il doit composer. La librairie pure aussi : elle voit sa part du gâteau grignotée (passée de 21 à 17 % en 10 ans) par les grandes surfaces, culturelles (22.5 %) ou non (20 %), et par la montée en charge des librairies en ligne (11 % du marché).  Le marché du livre, s’il a résisté, se déplace et crée des remous. Le libraire de quartier se trouve au cœur de ces troubles.

Face à l’offre de livres de la grande surface, laquelle concentre des achats différents en un lieu unique, face à l’étendue, voire la profondeur, du fonds des grandes surfaces culturelles et des libraires sur Internet, face au développement du catalogue numérique, quelle est la raison d’être du libraire ?  

La librairie est d’abord un lieu, un lieu à part, qui met en valeur les livres et diffuse ainsi une atmosphère singulière. Elle sert ces sens, physiques, irremplaçables. Elle éclaire un quartier, un territoire. Elle place la culture à portée de main. Chaleureuse et intime. Elle tisse des liens, elle invite au dialogue, à l’échange, aux rencontres. Elle est ce lieu de vie courant et précieux. Pour qui est sensible à l’âme et au corps du livre.

La librairie abrite ensuite un libraire, un homme, une femme, un passionné qui a choisi la voie des lettres, à rebours de la facilité. A côté des (trop) nombreuses nouveautés (qu’il subit bien souvent), il sélectionne et met en avant des classiques et des œuvres moins courues, un fonds qu’il fait tourner, qu’il met en scène.

Les temps sont durs pour les libraires : en tête du classement des commerces à la rentabilité la plus faible (un résultat net de 1.5 %, loin des 7 % des opticiens, sans parler de la rémunération du gérant), ils ne disposent d’aucune marge de manœuvre. Les remises accordées par les éditeurs restent maigres (33 %, même si certaines maisons comme L’Ecole des Loisirs ou Gallimard tendent à les augmenter), le poids des stocks et l’inflation des loyers fragilisent une activité qui encaisse par ailleurs une contraction de la demande… Et les libraires s’inquiètent de l’impact de la hausse de la TVA.

30 ans après la Loi Lang et l’instauration du prix unique du livre, les pouvoirs publics et les organisations professionnelles continuent de soutenir ce commerce particulier. L’Adelc, le Centre National du Livre, apportent des solutions de financement et des conseils. Les municipalités et les collectivités partagent souvent cet élan. Les libraires eux-mêmes cherchent des idées pour se développer : à noter l’initiative récente lancée par 9 librairies indépendantes de l’est parisien pour créer un réseau, Librest, qui mutualise certaines actions (site Internet commun, fonds, emballages,…).

Le livre n’est pas mort, le libraire non plus. Il a encore de belles pages à écrire, s’il arrive, dans les chapitres qui s’annoncent, à accrocher des lecteurs mobiles, en adaptant son histoire, sans dénaturer son style. Maillon crucial de la chaine du livre, considéré des éditeurs, protégé des pouvoirs publics, le libraire a une place à occuper dans la cité. Paris, à cet égard, reste un formidable territoire pour les librairies, par sa densité, son histoire, sa population.

Nous avons besoin de libraires, indépendants, passionnés, passeurs de culture et d’histoires. Soutenons-les, lisons !

Les cavistes

« Pour que de notre amour naisse la poésie »

Ainsi s’exprimait un soir l’âme du vin dans un chant plein de lumière et de fraternité (Baudelaire). Pour que ne s’éteigne pas cette flamme divine qui puise dans la terre et élève l’homme au rang céleste, une nouvelle génération de cavistes, passeurs de l’ombre, prend ses responsabilités. Dans un climat hostile, où les cabales corrosives s’emploient à ronger la réputation vertueuse du vin, de nouvelles caves s’érigent comme autant de lieux de résistance, distillent la culture et le plaisir du vin, symbole de notre art de vivre. Elles sont là pour nous rappeler que le bonheur ne se situe pas nécessairement dans l’ascétisme, la vapeur, l’eau plate et la dépression. Face aux ayatollahs de la morale sanitaire, et aux perversions sensorielles -et mentales- qu’ils insinuent, les caves luttent pour remettre la nature à sa place. Elles visent à promouvoir, en chantres de la diversité, la richesse des terroirs, le travail des vignerons et un mode de vie qui n’oublie pas le plaisir et la convivialité.

 Le caviste, trait d’union entre les producteurs et les consommateurs, épouse et illustre les évolutions profondes du marché.

D’un côté, la demande ne cesse de chuter : en 50 ans, les Français sont passés d’une consommation annuelle moyenne de 120 litres par personne à 43 litres ; rien qu’en 1 an, entre 2007 et 2008, elle a baissé de 4 litres. Les générations qui partent emportent avec elles une certaine façon de boire du vin, une philosophie du plus court chemin du gosier à l’estomac qui ne s’embarrasse pas de l’âpreté des reflux que les flots peuvent créer. A l’inverse de leurs aînés, les nouveaux consommateurs  nourrissent un rapport plus occasionnel et sélectif envers le vin. Mixte, jeune et urbaine, la demande se montre curieuse et impliquée, suivant un parcours initiatique dans la culture vinicole. Eduquée, elle cherche à connaître ses goûts, et à les satisfaire, au juste prix. Un vin cher ne doit pas souffrir d’aspérités, quel que soit le prestige de l’appellation.

En amont, la filière viticole a dû s’adapter aux évolutions des comportements et des goûts, tout en faisant face à la concurrence agressive des vins du nouveau monde. Elle traverse ainsi une profonde crise d’identité. La limitation de la production appuyée par les pouvoirs publics (aide à l’arrachage, prime à l’abandon définitif), l’amélioration de la qualité des vins, mais aussi l’intégration de dimensions commerciales et marketing constituent des tendances lourdes tracées dans le terroir. La tradition française doit plus que jamais prendre en considération les paramètres d’un marché mondialisé, et se positionner. Ne pas perdre de vue le consommateur. Et penser ou repenser la vente, en utilisant les formes actuelles de commercialisation.

Le caviste participe aux mutations du secteur. Entre la grande distribution et la vente par Internet, le magasin spécialisé doit faire face à une double concurrence. Il cultive sa force précisément sur ce qui n’existe pas, ou moins, dans les autres canaux de distribution : le conseil, la dégustation, et la personnalisation de l’offre. Le caviste pousse encore d’un cran cet avantage par rapport aux enseignes nationales (les petits Nicolas par exemple), en proposant une sélection inédite, voire spécialisée autour d’un thème (région, bio). Ainsi, une nouvelle génération de cavistes éclot sur le territoire parisien et dépoussière le métier. Elle partage une passion commune et l’envie de la communiquer. Jeunes ou confirmés, professionnels du secteur ou amateurs anonymes, ces indépendants érigent un temple du vin, à partir de leurs expériences personnelles, de leurs goûts et des rencontres qu’ils ont pu faire avec des vignerons. Au client, néophyte ou initié, de passer la porte et d’oser le débat, en toute simplicité. S’il est parisien, il pourra notamment se rendre dans les lieux suivants :

Le Bouclier de Bacchus -18, rue Saint Lazare (9ème)

Le Vin au Vert -70, rue de Dunkerque (9ème).

La Trinquette -67, rue des Gravilliers (3ème)

L’Ambassade de Bourgogne -6, rue de l’Odéon (6ème)

L’Ivress -5, rue Poissonnière (2ème)

A l’heure du Vin -46, rue Sainte Anne (2ème)

Elise & Antonin -27, rue de Ponthieu (8ème)