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Entre nous – Jérôme fondateur d’AGRILYS

–         Jérôme FRUGERE, vous avez créé AGRILYS VOYAGES en 2009, quelle est sa raison d’être ?

Agrilys a pour vocation de proposer aux enseignants et étudiants de l’Enseignement Agricole des voyages d’étude agricoles à l’étranger. L’idée, c’est d’être le facilitateur des projets / envies / besoins de mobilité internationale des classes. Agrilys est un peu le trait d’union entre l’agriculture, le monde et les jeunes.

–         Si nous revenons en arrière, vous occupiez un poste à responsabilité au sein du Ministère de l’Agriculture, comment avez-vous décidé de franchir le pas ? Est-ce l’idée qui s’est imposée à vous ? Est-ce l’envie de vous lancer ?…

La réussite du projet Agrilys est en fait née d’un échec ! En fin de contrat au Ministère, je n’aspirais pas à reprendre mon poste d’enseignant d’anglais en lycée agricole. J’avais goûté aux responsabilités en ayant été directeur d’une structure et responsable de personnels, de projets, de moyens …

À l’occasion d’une rencontre professionnelle, j’ai eu l’opportunité de travailler sur un projet de reprise d’une agence de voyages spécialisée dans l’agriculture pour les professionnels agricoles. Le montage de ce projet s’est fait au cours de la dernière année de mon contrat au Ministère, et j’avais déjà imaginé que le premier acte de développement de cette agence serait la création d’un produit pour les établissements scolaires agricoles.

Mais alors que la fin de mon contrat était proche, le cédant s’est rétracté.

Donc cinq mois avant la fin de mon contrat, il a fallu rebondir et je me suis dit : tu as l’idée, tu as la méthodologie, tu as les contacts, tu as les cou….., vas-y seul !

Le pas de la démission du Ministère pour pouvoir solliciter une licence d’agent de voyage a été un moment particulier. Choisir c’est renoncer … J’ai choisi l’inconnu, le vertige, l’effort.

Avec du recul, j’ai vécu ce moment où j’ai mis le courrier recommandé de démission dans la boite aux lettres comme le pas en avant qui fait qu’on tombe de la plateforme vers le vide, avec un élastique aux pieds. Bon, j’ai jamais sauté à l’élastique … mais j’ai jamais été aussi fébrile de poster une lettre !

–         Quelles sont vos principales satisfactions personnelles / professionnelles ?

C’est d’avoir choisi (et donc renoncé !) … Mais en réalité, j’ai choisi le défi, la fierté, la liberté et les satisfactions sont grandes et nombreuses !

Au niveau professionnel, la plus grande est de constater qu’au bout de 3 ans, Agrilys est toujours là ! Au moment de la création, ce cap des 3 ans paraît loiiiiinnnnn et quand on y est et qu’on regarde par dessus son épaule tout le chemin parcouru, ça fait du bien !

C’est vrai que les 3 premières années nous mettent plus souvent face aux difficultés qu’aux satisfactions, mais avec du recul, ça m’énerve qu’on m’ait autant dit que ça allait être dur, qu’il faudrait m’accrocher, qu’il fallait que j’accepte les frustrations et que j’allais en baver (pour rester poli !).

Pourquoi ne dit-on pas aux créateurs que les 3 premières années vont être difficiles (ok, à la limite, parce que c’est pas faux non plus …) mais surtout qu’elles vont nous permettre de prendre un chemin de vie incroyablement riche en enseignements, en développement personnel, en émotions, en réalisations, en rencontres, etc … ?

Bref, professionnellement, je suis très heureux de la satisfaction des clients et de leur confiance. Je me suis amélioré dans mes compétences professionnelles. J’ai déjà fait un recrutement. Les perspectives de développement sont belles et stimulantes.

Et puis il y a plein de petits moments qui ont engendré de grandes satisfactions : la mise en ligne du site internet, la première plaquette, la première affiche, le passage d’un bureau en open-space à un bureau à moi …

Au niveau personnel, là aussi, beaucoup de satisfactions ! J’ai vécu ces 3 premières années comme le commencement d’un voyage initiatique. Je comprends aujourd’hui que le besoin de créer ma boite était (inconsciemment) motivé par le besoin de me trouver personnellement. Professionnellement, je me suis toujours beaucoup investi dans mon travail, à corps perdu, avec l’impression que j’avançais à toute allure vers quelque chose.

En réalité, je pense que je fuyais un peu «mon destin» par peur de l’échec. Aujourd’hui, j’ai pris confiance en moi et en mes compétences de leader et c’est donc une grande satisfaction de vivre cela !!

–          Qu’avez-vous renoncé à faire ?

A part prendre 8 semaines de vacances l’été … RIEN !

–         Qu’avez-vous appris à faire ?

Tellement de choses au niveau professionnel … Mais, la chose dont je suis le plus heureux, c’est d’avoir appris à prendre le temps.

Juste après la création, on m’a offert le livre «Éloge de la patience». J’ai pas compris !

Aujourd’hui, je suis reconnaissant qu’on m’ait fait ce cadeau et grâce à d’autres choses que seulement l’ouvrage, j’ai appris à prendre le temps pour réfléchir, pour profiter des rencontres, pour laisser décanter les problèmes, pour apprécier les bons moments, pour m’occuper de moi.

J’ai donc appris qu’on peut être entrepreneur autrement qu’en bossant jour et nuit, qu’en s’obligeant à répondre à un email à 21h45 car « business is business », qu’en croyant que c’est ta boite qui va te permettre de te développer personnellement et de vivre mieux, qu’en ne prenant plus le temps de manger en dehors du bureau parce que « une pause de plus de 15 minutes ?? mais t’as craqué ? » etc etc …

–         L’expérience du premier recrutement : entre la perception de l’étranger qui s’immisce dans sa société et la responsabilité envers son salarié ?

C’est une étape importante en effet. J’ai pris mon temps pour rencontrer et confronter de nombreux profils. Par ailleurs, si je resterai gravé dans le marbre comme le créateur d’Agrilys, je n’ai jamais eu cette vision que ça serait MA société à jamais.

J’aime construire, j’aime le passage de l’idée à sa réalisation. Puis la phase de mise en mouvements, de croissance que je vis actuellement, mais dans ma tête, si Agrilys rend un jour heureux quelqu’un d’autre, je serai super heureux moi-même de léguer mon entreprise.

C’est dans cet esprit que j’ai recruté : un profil entrepreneurial sinon rien. Et j’ai présenté aux candidats ma vision de l’avenir d’Agrilys sans Jérôme.

Donc dans mon cas, je n’ai pas eu cette vision de «l’étranger», en l’occurrence, l’étrangère puisque mon recrutement est une jeune femme 😉

Ensuite, ma vision de ma responsabilité envers ma salariée … Hum !

J’ai été directeur dans la Fonction Publique avec tous ses cadres, ses codes et ses attentes et j’ai eu du mal à m’y retrouver. Du coup, Agrilys, c’est ma deuxième occasion d’assumer cette responsabilité et je compte bien ne pas refaire les mêmes erreurs. Quitte à en faire, autant que ça en soit de nouvelles 😉

Je vois dans mon rôle une grande responsabilité à assumer en particulier : celle de créer un environnement de travail propice au développement professionnel et personnel de ma (puis mes) salariée(s).

Ca passe, bien sûr, par la nécessité de créer les conditions de la réussite économique d’Agrilys car je suis responsable de la pérennité des emplois que je créé mais j’ai aussi envie de proposer un espace d’épanouissement professionnel et personnel.

On est tous l’étranger de quelqu’un donc vivre ensemble, c’est exposer nos différences. Aussi, si on vit ensemble dans un espace trop petit, trop fermé, il y a de grandes chances que nos différences se télescopent fréquemment et que cela génère mal-être, conflits etc …

Pour vivre bien ensemble, on a tous besoin d’un espace suffisamment grand pour se sentir libre d’être ce qu’on est. C’est ce sentiment d’espace que j’ai envie de créer à Agrilys pour que les personnalités de chacun puisse vivre et s’exprimer.

Comme je ne peux pas proposer à chaque personne son bureau personnel de 150 m2, la création de cet zone d’espace passe notamment par le partage des responsabilités (je crois foncièrement que les responsabilités donnent de la liberté), la prise en compte des rythmes différents, par une communication décomplexée et l’autorisation donnée à chacun de prendre l’espace libre qu’il veut / trouve !

C’est un peu dur à expliquer par écrit et je travaille encore là-dessus, donc tout n’est pas abouti, mais c’est un des aspects qui me passionnent en tant que chef d’entreprise !

–         L’expérience du premier « gros » contrat ?

J’ai fait très long à la question précédente, donc celle-là, je la fais courte (et d’jeuns) : le kiff total !

Sinon, grosse bouffée d’oxygène pour la trésorerie et grosse fierté aussi !

–         D’après vous, que manque-t-il en France pour favoriser l’éclosion et le développement d’entreprises comme la vôtre ?

Pff, c’est dur à dire … On peut toujours dire qu’il manque de dispositifs de financements, que les lourdeurs administratives sont décourageantes etc. et râler !

J’aime bien les initiatives tournées vers les plus jeunes publics (lycéens et étudiants) car c’est un âge où les jeunes ont des idées, une énergie qui semble inépuisable, des rêves et ce qu’il faut de rébellion ou de révolte pour affronter leurs ainés.

Il faudrait peut-être faire un peu plus rêver autour de la création … Les gens adorent l’Irlande : des paysages uniques du Connemara aux Falaises de Moher, la Guinness, la chaleur humaine des Irlandais les façades colorées des maisons à Dublin. Pourtant, l’Irlande, c’est 250 jours de pluie par an et une température moyenne annuelle de 12,8°C !

–         A contrario, quels sont les dispositifs qui vous ont efficacement aidé ?

J’ai bénéficié de nombreux dispositifs d’aides diverses (financières ou de conseil) : le prêt d’honneur à la création de PIE, adossé à un prêt bancaire avec OSEO, l’accompagnement par la CCIP pour entrer en pépinière d’entreprise, les dispositifs de conseil de la CCIP (notamment pour le recrutement).

A partir de septembre, j’intègre la 1ère promo du réseau PLATO pour passer dans la phase d’après : la croissance. Je vais tenter de décrocher un nouveau prêt d’honneur auprès de PIE, là encore adossé à un prêt bancaire, pour financer le développement des activités.

–         Une devise ?

Heureux qui comme Agrilys a fait un beau voyage …

 

Pour voyager plus loin  :

http://www.agrilys.fr/

http://facebook.agrilys.fr/

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L’Usage du Monde – Point de vue d’une libraire

Rencontre avec Katia Pérou, créatrice, avec son mari, Jean-Philippe, de L’Usage du Monde, très belle librairie généraliste située dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement).

–          Quel rapport entretenez-vous avec les livres ? Qu’est ce qui vous a conduit(s) à la librairie ?

Katia – L’Usage du Monde : Les livres ont toujours fait partie de mon existence et les librairies aussi. Venant d’une petite ville de Province, je lisais pour tromper l’ennui, m’occuper, me tenir compagnie… C’était aussi un prétexte pour ne pas faire mes devoirs (j’avais toujours un livre à terminer !). Pus tard (après mon bac), je n’avais pas forcément les moyens de poursuivre de longues études, il fallait que je trouve une formation courte qui me permette de trouver un emploi rapidement. La librairie s’est donc imposée naturellement.

–          Créer une librairie aujourd’hui, est-ce raisonnable ?

Oui et non. Financièrement, créer une librairie coûte cher et rapporte très peu. Les marges sont réduites et les charges importantes. De plus, la concurrence aujourd’hui est multiple : grands magasins, Internet et livres numériques…

Toutefois, la librairie est une économie stable. Dans les centres-villes, les habitants apprécient les commerces de proximité et le livre reste aujourd’hui un objet qu’on aime se faire conseiller et offrir.

–          Quelles ont été les principales étapes de votre parcours (de la décision de créer à l’installation effective) ? Pourquoi avoir préféré la création à la reprise ?

La première étape indispensable, c’est l’expérience. Je voulais ouvrir une librairie généraliste, il était donc indispensable que je me forme dans tous les rayons. J’ai donc travaillé 7 ans avant de me lancer en essayant de me diversifier (j’ai travaillé en Beaux Arts, Jeunesse, Littérature, Pratique, Tourisme, Droit, Médecine, les livres d’occasion, le scolaire…). Puis j’ai demandé à Anne (une ancienne collègue de Gibert) qui avait une grande expérience en Sciences Humaines ainsi qu’un bagage universitaire solide si elle souhaitait travailler avec moi à ce nouveau projet. Par chance, elle a accepté.

Ensuite, nous nous sommes mis en quête d’un local (avec l’aide précieuse de mon mari). Nous souhaitions un quartier sans concurrence, en développement, avec des commerces autour, sur le chemin du métro et suffisamment grand pour avoir un stock diversifié et conséquent (afin que tous les rayons soient représentés). Après plusieurs échecs, nous avons finalement trouvé ce local à Guy Môquet, un quartier très prometteur que nous connaissions bien (nous habitons dans le 18ème depuis une dizaine d’années). L’étude de marché n’a donc pas été très utile puisque nous connaissions parfaitement ce quartier (les horaires du marché, le nombre d’écoles à proximité etc.).

Nous avons fait appel à différents organismes d’aide (Paris initiative, la Drac, l’Adelc, la Région, le CNL) et nous avons également vendu notre studio. Ouvrir une librairie coûte cher, mais la création reste tout de même plus abordable que la reprise.

Une fois le local réservé et les demandes d’aide finalisées (business plan, entretiens divers etc.), je me suis lancée dans l’élaboration du stock (9000 références à choisir), ce qui a pris à peu près deux mois, un travail fastidieux mais passionnant que j’ai réalisé à l’aide de catalogues et d’un logiciel prêté par l’Adelc.

Enfin, nous avons signé le local, fait appel à un artisan pour réaliser les étagères et nous avons travaillé à l’aménagement pendant tout l’été.

–          Comment avez-vous été accueillis dans le quartier ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Le libraire a-t-il un rôle particulier à jouer ? Doit-il évoluer ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Quel est le livre que vous aimez conseiller ? Pourquoi ?

J’ai découvert il y a quelques mois un magnifique roman (grâce à la revue « le matricule des anges »), il s’agit « d’Atelier 62 » de Martine Sonnet, aux éditions le temps qu’il fait. Martine Sonnet est une auteur qui gagne à être connue. Ce livre parle de son père mais aussi de toute une génération d’ouvriers forgerons dans les usines à Billancourt dans les années 50. C’est un texte très touchant, sensible, et un témoignage poignant. L’écriture est proche de celle de Mauvigner, un vrai roman social. Ce n’est pas une nouveauté mais nous le conseillons à tous nos clients fidèles.

–          Quelles sont vos 2 meilleures ventes de la « rentrée littéraire » ?

Nos deux meilleures ventes à L’Usage du Monde sont Limonov de Carrère et Rien ne s’oppose à la vie de Delphine de Vigan.

–          Avez-vous prévu des signatures d’auteurs ?

Nous avons reçu Lydie Salvayre pour son roman, Hymne (notre coup de cœur de la rentrée), Thomas Baas (un illustrateur jeunesse), Didier Balicevic (auteur de livres pour enfants), Elodie Rouge et le photographe Olivier Marty pour un apéro dédicace gourmand (L’Institution)…  D’autres sont prévues ensuite (nous vous invitons à consulter notre blog).

L’Usage du Monde – 32, rue de la Jonquière – 75017 Paris

Ouverte du mardi au samedi de 10h à 20h et le dimanche de 10h30 à 13h30.