Le Démon de la Perversité

Un matin, Mireille se réveille avec une petite voix,

Une crécelle sourde, incrustée dans sa tête, qui lui susurre

« Pourquoi tu te laisses faire ? Pourquoi tu laisses tout le monde te marcher sur les pieds ? Pourquoi tu laisses la vie t’échapper ?»

C’est vrai, Mireille, la quarantaine menaçante, femme dévouée, au logis (qualité peu valorisée par son compagnon qui l’a quittée), comme au bureau,

Eprouve la sensation persistante d’enrichir les autres à son détriment, d’abdiquer sur les questions du sens et des responsabilités, de ne pas se faire confiance.

« Tu ne vaux pas moins que ta patronne : pourquoi tu ne la monterais pas ta boîte ? »

L’idée lancée bouscule Mireille, qui la balaye d’abord par réflexe coquet, comme étant une folie, impensable. Et puis, être salariée, avec des responsabilités, on peut s’estimer heureuse.

Mais elle a pénétré le for intérieur, la bougresse, comment l’ignorer maintenant ? Elle se balade, légère et provoquante, dans les larges espaces de la pensée qu’elle fixe, irradie et accapare.

Le quotidien morne bascule dans l’insupportable. Elle doit purger cette vie, tourner la page. Le plus vite possible, tant la sensation de dégoût l’oppresse, tant l’issue l’exalte. Mireille prépare clandestinement la voie nécessaire de la libération.

Mais pour faire quoi ? Elle n’a pas fait de grandes études, exerce des responsabilités d’assistante commerciale, mais n’a pas d’idée de business, ni de tour de main à exploiter.

« Tu te dévalorises encore. Tu adores la cuisine, tu aimes recevoir. Ce n’est pas sorcier de monter un restaurant, regarde Céline, elle l’a fait en partant de plus loin. »

La deuxième question est financière, Mireille dispose d’une épargne modeste.

« Tu oublies le petit héritage que t’a laissé ton père » lui rappelle sa crécelle. Mireille, respectueuse de ce qu’il représente, une vie de travail laborieux, le destinait à un emploi « sûr », un logement.

« Ne sois pas stupide, ton père serait fier de cet usage ; c’est un investissement productif, allez, file ! »

Les journées tôt terminées, elle visite des locaux commerciaux. D’abord peu  à son aise, elle se prend finalement au jeu. Mais s’impatiente. Quand un agent lui présente une « affaire en or », le sens de la mesure qu’elle s’efforçait de maintenir, rompt. Elle s’est approprié le lieu, l’a investi, un véritable « coup de cœur ».

« L’ancienne gérante, vieille et usée, ne l’exploite plus ; vous, avec votre enthousiasme, vous n’aurez pas de difficulté à doubler, voire tripler, son chiffre d’affaires ». Mais le prix lui paraît cher et il est au-dessus de la limite qu’elle s’est fixée.

« C’est justement le potentiel que vous pourrez développer ; la vieille faisait ce chiffre en ses vertes années.

Vous n’êtes pas la seule sur les rangs, j’attends une offre, mais si vous signez maintenant, bien-sûr…»

Et le loyer ?

« Un bail neuf, avec cet emplacement, ce n’est pas si cher. Je vous fais une remise d’ailleurs de 25 % sur mes honoraires. Alors ?… »

Mireille n’a pas encore vu sa banque.

« Regarde comme il est beau ce local, lui dit la crécelle, il te ressemble tellement ; tu risques de le perdre, et tu as déjà beaucoup attendu, tu veux encore attendre ? »

Dans un élan de détermination inquiète, elle dit « Banco… » à l’agent et quelques minutes plus tard sort de l’agence, le contrat signé. Elle doit déjà 3 ans de loyer, en plus du reste, et elle ne le sait pas.

Son objectif du moment, ce n’est pas d’aller voir la banque -elle se sent complexée, et elle peut attendre, elle a un petit pécule, elle ne sait plus vraiment combien-, mais de négocier un licenciement avec sa patronne, parce qu’on lui a dit qu’elle pourrait toucher des aides.

Malheureusement, pour des questions d’éthique, elle y est opposée « Quand un employé veut partir, bah, il démissionne, c’est simple. Donnez moi votre lettre ».

Mireille se trouve ainsi acculée au pied de son bonheur.

« Pas de souci, tu vas y arriver« 

 

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Publié le 2 juillet 2012, dans Fabuleuses créations. Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Astuce pour vous protéger des démons de la création.
    Il s’agit d’une méthode très simple pour créer un cercle de protection. Une pomme coupée en deux dans le sens de la largeur présente cinq espaces contenant ses graines, comme un pentacle naturel ! Déposées au sol vis-à-vis les points cardinaux, deux demi-pommes forment un cercle de protection temporaire, qui disparaît lorsque les pommes sont complètement oxydées et ont changé de couleur. Ce cercle est plus puissant si les pommes sont placées vis-à-vis les points cardinaux.

  2. comprends pas bien la morale si cette crécelle est considérée comme bonne ou mauvaise pour le destin de mireille mathieu

  3. Certains créateurs se trouvent aspirés dans une sorte d’engrenage qui va à l’encontre de leurs intérêts, qui les amènent à prendre une succession de décisions peu raisonnables, sans pouvoir faire marche arrière, la crécelle est cette voix qui excite cette pulsion, rien ne va plus. Même si le risque et l’audace restent le propre de la création. Un cercle de protection, une boussole, à garder à l’esprit.

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