En rade

Un couple, lassé de tracer le sillon, le même, toujours le même,

Dans un terrain qui offre une satiété, nulle variété,

Aspire à une exaltation autre, avide et vrombissante.

« Que dirais-tu, chéri, de prendre le large, d’aller, avec nos économies, taquiner les fonds marins,

La traversée nous apportera richesses, poissons et aventures,

Redonnera souffle et joie à notre quotidien. »

L’appel du Nouveau grise le mari qui s’arme pour la révolte :

« Importunons le sort ! »

Ensemble, ils quittent ferme et récoltes, visent un petit port de pêche, ouvert sur l’océan,

Qui régurgite pourtant âmes et vocations.

Dans le Bar des Pêcheurs, un vieil homme aux rougeâtres couleurs, met en garde les étrangers contre cette entreprise téméraire :

« La mer ne nourrit plus ses artisans, c’est un secret de tous connu, le poisson se pêche dans les usines. La chair des océans est trop subtile pour vos temps. On lui préfère la vermine. Et vos pieds n’ont jamais foulé que la terre : c’est l’ignorance qui vous guide et vous perdra… »

Décidément l’âge désespère les gens, dit le mari, plus tard sur le quai.

Ils observent les barques amarrées et, entre les épaves, distinguent une coque, de bonne taille, écaillée.

Son propriétaire les rassure sur les performances du navire qu’il se dit prêt à céder.

Ils s’accordent sur le prix que le couple règle comptant, puis dépense le reste de son argent dans la retape et de nouveaux rets.

Le lendemain, à l’aube, les aventuriers sont sur le pont, prêts à défier la mer, et leur propre résistance. Le cœur palpitant, dans un voile d’anxiété, ils font face aux premières avaries.

Les filets trop tôt jetés  tardent à frétiller,

Le vent se lève, le ciel s’obscurcit, les vagues enflent. 

L’équipée dépassée tangue et vacille,

Emportée par les courants, refoulée par les éléments,

Elle échoue sur la côte prématurément.

 

Ainsi en est-il de couples qui, pour fuir leur monotonie,

Entreprennent à la hâte dans des terres inconnues,

A presser le passé, sur l’avenir spéculent,

Ils risquent  de dissoudre le peu de bonheur acquis.

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Publié le 16 mai 2012, dans Fabuleuses créations. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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