La bergère et les chiens

Une jeune bergère se promenant à l’écart des sentiers empruntés,

Repéra sur les hauteurs, par-delà bois et rochers, une verte prairie, baignée d’un ruisseau.

Elle fit l’acquisition d’une dizaine de brebis et moutons,

Pour assouvir son désir de liberté avec l’espoir de voir son troupeau, en ce terrain fertile, croître et prospérer.

Or, le chemin était long et périlleux : à l’orée d’une ombrageuse forêt,

Pour éviter pertes et tracas, la jeune bergère décida de s’en aller recruter des chiens de garde, à l’exercice rompus.

Elle confia le cheptel à son petit frère, en lui promettant qu’elle ne tarderait pas.

Et partit à rebours.

Le premier chien rencontré donna un accord enthousiaste, pourvu que 2 ou 3 confrères prêtassent leur concours également, car il ne pouvait pas seul assumer cette mission.

Il lui présenta 2 cousins qu’il qualifiait d’infaillibles, sur les routes escarpées comme dans les grands espaces, mais dont la compétence avait d’âpres discussions pour corollaire.

De quelle race étaient les bêtes ? Et le pré était-il vraiment vert ? L’eau coulerait-elle en juin ?

Et combien d’agneaux naîtraient d’ici l’été ?  

Il n’en fallait pas 10, mais 50, voire 100. Si la bergère était incapable de croire en la fécondité de ses bêtes, si elle était incapable d’exciter leur imagination, de les faire saliver sur le festin attendu, non, décidément, ils ne la suivraient pas.

Les arguments, autant que l’engrenage de la faim, avaient fini par convaincre les chiens d’accompagner la petite bergère au point où elle avait entamé son détour.

Elle aperçut alors son assesseur, seul, recroquevillé au pied d’un sycomore, les yeux gonflés.

Malgré ses efforts, les moutons, volages, les uns après les autres, s’étaient enfuis.

Les chiens entrèrent alors dans une rage folle, ils se ruèrent sur les jeunes gardiens de troupeau,

Et les dévorèrent comme dédommagement à leur vain dérangement.

Il en est ainsi de jeunes entrepreneurs qui, sur la route des astres,

Cherchent à consolider l’équipée, la faire accélérer, en intégrant des forces spéciales ;  

L’accent mis sur cette étape fait perdre de vue le cap initial.

La confusion des fins étourdit et provoque le désastre.

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Publié le 8 mai 2012, dans Fabuleuses créations. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. La fable comme métaphore des risques de la création… Après la perte de temps et la prise de risque liés à la recherche insensée d’investisseurs, quel prochain sujet : le mauvais emplacement, le recrutement anticipé, l’alliance déséquilibrée entre deux créateurs? Quel vivier de sujets! J’attends les prochaines fables, doux avertissements.

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