L’évolution commerçante à Paris

L’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) a publié en début d’année un rapport, établi en partenariat avec la Mairie de Paris et la CCIP, sur L’évolution des commerces à Paris entre 2007 et 2011. Les rues de la capitale ont été ratissées par une équipe d’enquêteurs pour inventorier l’ensemble des locaux commerciaux en rez-de-chaussée. Qu’en ressort-il ? Comment interpréter l’évolution du nombre de commerces par activité : reflet des changements des consommateurs et de leur mode d’achat (commerces indépendants, enseignes et Internet), de la modification du besoin (apparition, stagnation ou disparition), ou de la crise des vocations (moins de professionnels du métier) ?

Panorama général

 Une relative stabilité du nombre de commerces. 61 232 locaux commerciaux en 2011, contre 62 139 en 2007. En effet, la baisse se relie à des annexions de locaux par des commerces qui se sont agrandis.

Le centre de Paris présente une intensité commerciale exceptionnelle, il draine les consommateurs de la Région, voire de la France et de l’étranger pour certaines activités : il concentre les grandes artères commerçantes, les 4 grands magasins historiques, le Forum des Halles, les grands magasins du luxe.

Par ailleurs, on dénombre une quinzaine de pôles d’attraction de niveau parisien : autour de places (Italie, Bastille, Nation), ou sur des artères (avenues du Général Leclerc, des Ternes).

Une soixantaine de « rues marché », d’intensités variables, rassemblent les produits et services du quotidien à leurs résidants.

Les 70 marchés découverts et les 12 marchés couverts viennent compléter cette offre.

Le territoire parisien est également marqué par des pôles spécialisés : 3 de commerce ethnique (Goutte d’Or, faubourg Saint Denis et le Triangle de Choisy), 1 de commerce informatique (Montgallet), 1 d’artisanat d’Art (Viaduc des Arts), et 1 de tissus (Marché Saint Pierre). Le commerce de gros dans le Sentier et Sedaine-Popincourt pour le textile, et Beaubourg-Temple pour la maroquinerie.

A noter, l’effort volontariste réalisé par la Ville pour agir sur ce paysage commercial via notamment les bailleurs publics ou mixtes : visant à promouvoir certaines activités comme l’artisanat d’art le long du Viaduc des Arts, à lutter contre la trop forte concentration d’activités moins désirées dans les quartiers évoqués et veiller à les redynamiser en y greffant des commerces de proximité (Goutte d’Or, Sentier,…).

 Une légère hausse du taux de vacance : 9.6 % contre 9.4 % en 2007. Les plus fortes proportions de locaux vacants se concentrent dans le grand quart nord-est de Paris, dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement), ceux de Saint-Blaise et de la Réunion (20ème). Dans le sud du 13ème arrondissement, le long des voies ferrées de la gare Montparnasse. Les 10ème et 11ème arrondissements pâtissent de l’érosion du commerce de gros.

Par ailleurs, une zone commercialement dense a tendance à se consolider, tandis qu’un quartier où le commerce est peu abondant vient à se dépeupler encore.

  Les « gagnants »

 L’activité essentielle du « bien-être » au sens large ne cesse de croître.

Les Instituts de beauté et les autres soins corporels (bronzage, massage, spa, onglerie) ont vu leurs nombres augmenter respectivement de 15 % et de 71 % pour représenter 1 210 et 606 établissements (soit un gain de 410 lieux où la beauté est célébrée).

Les salons de coiffure demeurent (2 545).

 La restauration rapide assise continue sa progression étourdissante : 1 878 locaux en 2011, soit + 28 %.

Les restaurants asiatiques ont augmenté de près de 17 % (1 519).

 Les commerces alimentaires de niche se développent et offrent des produits en opposition à la gamme massive proposée par les enseignes : les commerces de produits « bio » augmentent de 10 % chaque année, ils sont 167 dans la capitale. Les épiceries spécialisées se sont également étendues (+10 % sur la période). Les Vendeurs de douceurs, les chocolateries par exemple ont gagné 36 unités (286 en 2011), les cavistes 64 (ils sont 473).

Sans doute faut-il voir dans ces percées autant (voire davantage) l’engouement de nouveaux commerçants pour ce type de produits (une création passion ou philosophique) qu’une réponse à la hausse d’une demande (réelle néanmoins). La prolifération des caves à vin pose par exemple question (l’activité étant très concurrentielle, consommatrice de capitaux, aux marges serrées, au marché délimité : quelle logique économique y-a-t-il à créer une nouvelle offre dans un quartier qui n’en manque déjà pas ?).

 La conquête des supérettes se poursuit : + 16 % et 52 magasins en plus, sous différentes enseignes.

  Les « perdants »

 Le commerce de gros diminue de 15 % (457 établissements en moins). Les pôles restent le Sentier pour l’habillement et le textile, mais en voie de contraction, suivi de Sedaine-Popincourt (11ème) ; une dernière zone spécialisée dans la maroquinerie, les accessoires de mode et la bijouterie, située dans le quartier Beaubourg-Temple, stagne.

 Les librairies papeteries presse ont perdu 211 points de vente (- 14%) : cette tendance traduit les difficultés du secteur face à la montée en charge d’Internet et de la lecture gratuite, et le repli de la lecture en général.

 Les commerces de meubles et d’équipement du foyer ont diminué de 11 % (200 locaux en moins). De même, les commerces d’électroménager et de Hifi (-20 %/64 boutiques), les antiquaires (-16 %/154 boutiques), et les merceries et les bazars (-12 %/101 boutiques).

L’activité semble affectée par le manque de grandes surfaces disponibles dans la capitale et le niveau des loyers, qui réfrènent les élans créateurs. Sur ces produits, l’offre Internet et d’enseignes rencontre un succès croissant. L’indépendant peine à rivaliser (coûts et moyens / marché).

 Le commerce alimentaire traditionnel résiste dans la douleur : les boulangeries ont perdu 3 % mais représentent toujours 1209 commerces ; la boucherie en revanche poursuit son déclin (- 9%), elles sont 591 à Paris en 2011. Les crèmeries et fromageries sont au nombre de 117 (-11). Les poissonneries ne sont plus que 105.

La restriction de ce type de commerce vient à la fois du manque de candidats à l’exercice indépendant de ces métiers et à la croissance simultanée du nombre de supérettes (+20 %), lesquelles prennent une place significative sur ces segments.

 Les artisans tels les tapissiers (-13 %), les électriciens (-17 %), les plombiers (-6 %), les menuisiers (-22 %),…

 Parmi les victimes de la modernité, nous citons les boutiques de photographie (il n’en reste que 81 à Paris), les agences de voyages (-16%), les photocopies (-16 %), les imprimeries (- 16 %).

  Quelques tendances lourdes se trouvent illustrées par ces chiffres : la croissance continue de la beauté, de la restauration rapide, la conquête continue du territoire par des enseignes alimentaires, l’apparition d’une offre alimentaire de niche.

A contrario, d’autres activités accusent une baisse parfois conséquente, soit du fait d’un repli de la demande, d’un changement dans le mode d’achat, notamment avec l’essor d’Internet, ou de la crise des vocations (les artisans au sens large). Ces raisons sont souvent cumulables. L’inflation du foncier accélère également cette tendance, ébranlant l’équilibre économique de bien des activités.

Bien évidemment, la connaissance précise du territoire parisien est nécessaire pour réussir l’installation d’une activité commerçante qui selon ses caractéristiques et sa nature, doit privilégier une terre particulière. C’est bien connu, tout est question d’emplacement (et de son coût)…

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Publié le 2 mai 2012, dans Terrains de chasse. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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