L’Usage du Monde – Point de vue d’une libraire

Rencontre avec Katia Pérou, créatrice, avec son mari, Jean-Philippe, de L’Usage du Monde, très belle librairie généraliste située dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement).

–          Quel rapport entretenez-vous avec les livres ? Qu’est ce qui vous a conduit(s) à la librairie ?

Katia – L’Usage du Monde : Les livres ont toujours fait partie de mon existence et les librairies aussi. Venant d’une petite ville de Province, je lisais pour tromper l’ennui, m’occuper, me tenir compagnie… C’était aussi un prétexte pour ne pas faire mes devoirs (j’avais toujours un livre à terminer !). Pus tard (après mon bac), je n’avais pas forcément les moyens de poursuivre de longues études, il fallait que je trouve une formation courte qui me permette de trouver un emploi rapidement. La librairie s’est donc imposée naturellement.

–          Créer une librairie aujourd’hui, est-ce raisonnable ?

Oui et non. Financièrement, créer une librairie coûte cher et rapporte très peu. Les marges sont réduites et les charges importantes. De plus, la concurrence aujourd’hui est multiple : grands magasins, Internet et livres numériques…

Toutefois, la librairie est une économie stable. Dans les centres-villes, les habitants apprécient les commerces de proximité et le livre reste aujourd’hui un objet qu’on aime se faire conseiller et offrir.

–          Quelles ont été les principales étapes de votre parcours (de la décision de créer à l’installation effective) ? Pourquoi avoir préféré la création à la reprise ?

La première étape indispensable, c’est l’expérience. Je voulais ouvrir une librairie généraliste, il était donc indispensable que je me forme dans tous les rayons. J’ai donc travaillé 7 ans avant de me lancer en essayant de me diversifier (j’ai travaillé en Beaux Arts, Jeunesse, Littérature, Pratique, Tourisme, Droit, Médecine, les livres d’occasion, le scolaire…). Puis j’ai demandé à Anne (une ancienne collègue de Gibert) qui avait une grande expérience en Sciences Humaines ainsi qu’un bagage universitaire solide si elle souhaitait travailler avec moi à ce nouveau projet. Par chance, elle a accepté.

Ensuite, nous nous sommes mis en quête d’un local (avec l’aide précieuse de mon mari). Nous souhaitions un quartier sans concurrence, en développement, avec des commerces autour, sur le chemin du métro et suffisamment grand pour avoir un stock diversifié et conséquent (afin que tous les rayons soient représentés). Après plusieurs échecs, nous avons finalement trouvé ce local à Guy Môquet, un quartier très prometteur que nous connaissions bien (nous habitons dans le 18ème depuis une dizaine d’années). L’étude de marché n’a donc pas été très utile puisque nous connaissions parfaitement ce quartier (les horaires du marché, le nombre d’écoles à proximité etc.).

Nous avons fait appel à différents organismes d’aide (Paris initiative, la Drac, l’Adelc, la Région, le CNL) et nous avons également vendu notre studio. Ouvrir une librairie coûte cher, mais la création reste tout de même plus abordable que la reprise.

Une fois le local réservé et les demandes d’aide finalisées (business plan, entretiens divers etc.), je me suis lancée dans l’élaboration du stock (9000 références à choisir), ce qui a pris à peu près deux mois, un travail fastidieux mais passionnant que j’ai réalisé à l’aide de catalogues et d’un logiciel prêté par l’Adelc.

Enfin, nous avons signé le local, fait appel à un artisan pour réaliser les étagères et nous avons travaillé à l’aménagement pendant tout l’été.

–          Comment avez-vous été accueillis dans le quartier ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Le libraire a-t-il un rôle particulier à jouer ? Doit-il évoluer ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Quel est le livre que vous aimez conseiller ? Pourquoi ?

J’ai découvert il y a quelques mois un magnifique roman (grâce à la revue « le matricule des anges »), il s’agit « d’Atelier 62 » de Martine Sonnet, aux éditions le temps qu’il fait. Martine Sonnet est une auteur qui gagne à être connue. Ce livre parle de son père mais aussi de toute une génération d’ouvriers forgerons dans les usines à Billancourt dans les années 50. C’est un texte très touchant, sensible, et un témoignage poignant. L’écriture est proche de celle de Mauvigner, un vrai roman social. Ce n’est pas une nouveauté mais nous le conseillons à tous nos clients fidèles.

–          Quelles sont vos 2 meilleures ventes de la « rentrée littéraire » ?

Nos deux meilleures ventes à L’Usage du Monde sont Limonov de Carrère et Rien ne s’oppose à la vie de Delphine de Vigan.

–          Avez-vous prévu des signatures d’auteurs ?

Nous avons reçu Lydie Salvayre pour son roman, Hymne (notre coup de cœur de la rentrée), Thomas Baas (un illustrateur jeunesse), Didier Balicevic (auteur de livres pour enfants), Elodie Rouge et le photographe Olivier Marty pour un apéro dédicace gourmand (L’Institution)…  D’autres sont prévues ensuite (nous vous invitons à consulter notre blog).

L’Usage du Monde – 32, rue de la Jonquière – 75017 Paris

Ouverte du mardi au samedi de 10h à 20h et le dimanche de 10h30 à 13h30.

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Publié le 24 janvier 2012, dans Rencontres. Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

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