Les cavistes

« Pour que de notre amour naisse la poésie »

Ainsi s’exprimait un soir l’âme du vin dans un chant plein de lumière et de fraternité (Baudelaire). Pour que ne s’éteigne pas cette flamme divine qui puise dans la terre et élève l’homme au rang céleste, une nouvelle génération de cavistes, passeurs de l’ombre, prend ses responsabilités. Dans un climat hostile, où les cabales corrosives s’emploient à ronger la réputation vertueuse du vin, de nouvelles caves s’érigent comme autant de lieux de résistance, distillent la culture et le plaisir du vin, symbole de notre art de vivre. Elles sont là pour nous rappeler que le bonheur ne se situe pas nécessairement dans l’ascétisme, la vapeur, l’eau plate et la dépression. Face aux ayatollahs de la morale sanitaire, et aux perversions sensorielles -et mentales- qu’ils insinuent, les caves luttent pour remettre la nature à sa place. Elles visent à promouvoir, en chantres de la diversité, la richesse des terroirs, le travail des vignerons et un mode de vie qui n’oublie pas le plaisir et la convivialité.

 Le caviste, trait d’union entre les producteurs et les consommateurs, épouse et illustre les évolutions profondes du marché.

D’un côté, la demande ne cesse de chuter : en 50 ans, les Français sont passés d’une consommation annuelle moyenne de 120 litres par personne à 43 litres ; rien qu’en 1 an, entre 2007 et 2008, elle a baissé de 4 litres. Les générations qui partent emportent avec elles une certaine façon de boire du vin, une philosophie du plus court chemin du gosier à l’estomac qui ne s’embarrasse pas de l’âpreté des reflux que les flots peuvent créer. A l’inverse de leurs aînés, les nouveaux consommateurs  nourrissent un rapport plus occasionnel et sélectif envers le vin. Mixte, jeune et urbaine, la demande se montre curieuse et impliquée, suivant un parcours initiatique dans la culture vinicole. Eduquée, elle cherche à connaître ses goûts, et à les satisfaire, au juste prix. Un vin cher ne doit pas souffrir d’aspérités, quel que soit le prestige de l’appellation.

En amont, la filière viticole a dû s’adapter aux évolutions des comportements et des goûts, tout en faisant face à la concurrence agressive des vins du nouveau monde. Elle traverse ainsi une profonde crise d’identité. La limitation de la production appuyée par les pouvoirs publics (aide à l’arrachage, prime à l’abandon définitif), l’amélioration de la qualité des vins, mais aussi l’intégration de dimensions commerciales et marketing constituent des tendances lourdes tracées dans le terroir. La tradition française doit plus que jamais prendre en considération les paramètres d’un marché mondialisé, et se positionner. Ne pas perdre de vue le consommateur. Et penser ou repenser la vente, en utilisant les formes actuelles de commercialisation.

Le caviste participe aux mutations du secteur. Entre la grande distribution et la vente par Internet, le magasin spécialisé doit faire face à une double concurrence. Il cultive sa force précisément sur ce qui n’existe pas, ou moins, dans les autres canaux de distribution : le conseil, la dégustation, et la personnalisation de l’offre. Le caviste pousse encore d’un cran cet avantage par rapport aux enseignes nationales (les petits Nicolas par exemple), en proposant une sélection inédite, voire spécialisée autour d’un thème (région, bio). Ainsi, une nouvelle génération de cavistes éclot sur le territoire parisien et dépoussière le métier. Elle partage une passion commune et l’envie de la communiquer. Jeunes ou confirmés, professionnels du secteur ou amateurs anonymes, ces indépendants érigent un temple du vin, à partir de leurs expériences personnelles, de leurs goûts et des rencontres qu’ils ont pu faire avec des vignerons. Au client, néophyte ou initié, de passer la porte et d’oser le débat, en toute simplicité. S’il est parisien, il pourra notamment se rendre dans les lieux suivants :

Le Bouclier de Bacchus -18, rue Saint Lazare (9ème)

Le Vin au Vert -70, rue de Dunkerque (9ème).

La Trinquette -67, rue des Gravilliers (3ème)

L’Ambassade de Bourgogne -6, rue de l’Odéon (6ème)

L’Ivress -5, rue Poissonnière (2ème)

A l’heure du Vin -46, rue Sainte Anne (2ème)

Elise & Antonin -27, rue de Ponthieu (8ème)

Publicités

Publié le 5 janvier 2012, dans Terrains de chasse. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :