L’idée

Dans un monde en quête de sens, la création d’entreprise apparaît souvent comme la voie de l’accomplissement personnel.

« Je veux créer une entreprise, mais je ne sais pas quoi ». Comment vaincre la page blanche du créateur d’entreprise ? Comment trouver l’idée qui permettra à un caractère entreprenant, audacieux, plein de promesses, de se réaliser ? A la volonté, farouche et tenace, mais en panne d’inspiration, nous proposons quelques pistes à creuser pour trouver le fil enfoui.

  1. Partir de son savoir-faire professionnel

« C’est en forgeant pour un patron qu’on souhaite forger pour soi. »

Il s’agit de la trajectoire créative la plus naturelle, puisque la prise d’indépendance vient couronner une expérience patiemment sculptée. En effet, une fois le tour de main rôdé, une fois les rouages d’un métier cernés, une fois le carnet d’adresses tissé, pourquoi laisser un patron sucer la sève secrétée ?

Un boulanger salarié peut nourrir l’ambition de reprendre une boulangerie, dès lors qu’il aura constitué un trésor de guerre significatif. Une esthéticienne, un cuisinier, un plombier, un styliste, un éditeur, … D’une façon générale, les détenteurs d’un savoir-faire, d’une connaissance pointue d’un produit, d’un secteur, peuvent s’imaginer à la tête de leur propre entreprise. Encore faut-il avoir un certain sens de la gestion, du bon sens en général et des qualités commerciales. Manucurer et gérer un institut de beauté représente une évolution évidente qui ouvre à de nouvelles responsabilités (gestion, recrutement et gestion du personnel, commercial, tâches administratives,…).

Par ailleurs, s’il est possible d’extrapoler une expérience, les prolongements doivent garder une certaine cohérence. Il faut rester raisonnable et prudent quant à l’équation magique « J’ai fait ceci, je peux faire cela ». En effet, vendre des journaux et des livres de gare dans un kiosque et développer une librairie spécialisée dans les arts s’avèrent 2 exercices sensiblement différents.

Enfin, tous les métiers ne trouvent pas de consécration dans la création d’entreprise.

Bref, le tour de main cultivé jusqu’à l’excellence s’avère un chemin privilégié pour les entrepreneurs, pour la plus grande satisfaction des futurs clients.

  1. Exploiter sa passion

« On ne fait bien que ce qu’on aime ».

Encore faut-il être doué de passion. Encore faut-il que le centre d’intérêt corresponde à une activité marchande et qu’il ne soit pas confidentiel.

L’air du temps grise les égos et aiguise la soif d’épanouissement professionnel. Force est de constater que le plaisir et l’indépendance sont devenus, pour beaucoup, deux composantes nécessaires de ce chemin : combien de « cadres à potentiel » ont délaissé une carrière « à potentiel » dans le secteur privé (banque, conseil, industrie,…) pour chercher les frissons de la création ? La quête de sensations fortes, le désir, ardent, insoutenable, de monter sa « petite boîte », se trouvent excités par la conscience de la mise en danger de leur parcours trop parfait, semblable au gendre qu’ils sont. La raison contre la passion. Le confort, l’avenir et l’argent ou le stress, le présent et l’action ? Une sorte de crise d’adolescence passagère, un écart dans une vie de couple, jusque-là et après cela, exemplaire. A moins que l’aventure ne se transforme en success story

Un ingénieur chez L’Oréal, approchant de la cinquantaine, fervent lecteur de bandes dessinées, reprend une librairie comics dans le 15ème ; un trentenaire, peu exalté par la vente de produits électriques, crée une librairie de bandes dessinées dans le 11ème ; une khâgneuse incollable sur l’histoire du Moyen Age, se lance dans une librairie historique ; une femme de 40 ans, grande amie des chiens, crée un commerce d’accessoires pour animaux ; une mère nourricière, cordon bleu aux dires de ses enfants et de ses amis, décide de régaler les étudiants et les actifs du 7ème arrondissement…

Le risque, au-delà de cramer sa passion en la misant au jeu de la création, réside manifestement dans l’absence d’entrainement (cf. point 1) avant la compétition. Certains, humbles et patients, prennent la peine de se former au métier, de s’éprouver par des stages ou des emplois préparatoires au grand saut. Les autres préfèrent les raccourcis et se lancent, confiants, le torse bombé, à l’assaut des cimes. Pour que ce défi ne soit pas une chasse à la chimère, il convient d’effectuer une analyse critique, honnête, et sans concession, de l’objet de la création. Saigner la création de sa part de fantasmes ou de croyances. Dépasser une forme d’instinct narcissique et confronter votre conception singulière au regard extérieur, à la réalité du dehors, sans faux-semblants.

Monter une librairie ne revient pas à discuter avec ses amis du dernier livre lu dans son salon au coin du feu. Ouvrir un restaurant ne ressemble guère aux dîners organisés chez soi avec ses amis, où les apéros traînent le temps que la cocotte siffle, et que le vin rende les convives indulgents sur la qualité de plats offerts par la maison. Lever aux aurores, achats à effectuer, préparation des plats, service dans le stress de la cohue, dans l’angoisse du vide, éponger les mécontentements de clients, vaisselle, rangements, nettoyage, gestion administrative, et le lot de désagréments : fuites, pannes, problème de personnel, visites des inspecteurs, litige avec le bailleur, acharnement des copropriétaires, ultimatum du banquier, … Et les ricochets sur votre vie personnelle et familiale…

Bien préparée, la création passion offre un moyen d’épanouissement personnel pour son auteur et une transmission culturelle enrichissante pour la collectivité.

  1. Constater en consommateur frustré

Dans une économie de marché, à chaque besoin doit répondre une, voire plusieurs, offres ; or, en qualité de consommateur exigeant, vous n’avez pas trouvé le produit pour satisfaire votre besoin du moment ; donc vous allez créer une entreprise pour vendre ce produit ou ce service.

Le raisonnement, aux yeux d’un économiste, est imparable. Il porte des valeurs remarquables : initiative, création, progrès, précurseur, marché, croissance,… Il n’en demeure pas moins difficile à concrétiser. L’étude de marché revêt ici une importance capitale pour disséquer sur toutes les coutures le besoin, sa taille, son potentiel, la façon d’y répondre, les avatars de réponses, la pertinence de l’offre que vous imaginez…  Bref, il s’agit dans un premier temps d’observer, vous renseigner, vous informer, étudier, investiguer, questionner. Avec méthode et sens critique.

Notre époque, par exemple, se révèle manifestement riche en frustrations pour les jeunes parents, frustrations qui donnent naissance à autant de projets de création : les problèmes de garde d’enfants se transforment en créations de crèches (avec de multiples options, bio, bilingues,…) ; les philosophies écologistes, ulcérées par la quantité de déchets jetés, trouvent une solution dans la réhabilitation des couches lavables ; les friands de sorties au restaurant, dont l’accès s’est refermé avec l’arrivée de bambins, décident d’ouvrir des restaurants avec espaces de garde et d’animation pour enfants,…

Qu’elles sont précieuses ces créations imaginatives, en apportant une pièce manquante au grand puzzle du bien-être collectif !

  1. Sentir une tendance

Donner l’impression de neuf en adaptant le classique à l’air du temps, voilà la démarche à suivre pour les créateurs de « concept », les enchanteurs. Il s’agit d’apporter une once de démarcation, d’originalité à travers une spécialisation inédite, un assemblage inédit d’activités (familles de produits, services en garniture d’un produit), un mode de distribution inédit (Internet, applications, box, …). Les activités mêlées doivent offrir des synergies et une réelle plus-value pour le consommateur. Et reposer sur un modèle économique pérenne. En effet, une malencontreuse manie tend à tromper le créateur dans son approche, une confusion entre « faire parler » et « faire vendre » : avant de cibler le client, il s’adresse aux médias. Si ceux-ci permettent souvent d’attirer ceux-là, ceux-là ne viendront et ne consommeront que si le concept répond à un besoin, qui dépasse la simple curiosité. L’identité de l’entreprise fondée sur l’originalité s’avère une question importante mais qui ne doit pas être déconnectée des perceptions et attentes présumées des clients visés, d’un marché et de ses particularités.

Un espace de bien-être articulé autour de cabines de siestes a rencontré un formidable succès médiatique, il a dû fermer faute de clients. Un restaurant marketé autour du risotto a péché par la croyance que la communication pouvait déplacer la faiblesse de l’emplacement. Parmi les associations d’activités complémentaires, l’intérêt peut être évident : un caviste pour dynamiser son chiffre d’affaires, ses plages d’activité, engraisser ses marges, peut proposer un volet restauration. La superposition d’activités a cependant pour corollaires des compétences et des contraintes matérielles et de gestion supplémentaires qu’il ne faut pas minimiser.

Par ailleurs, une dérive actuelle (une paresse intellectuelle) pousse les créateurs à s’aventurer loin dans l’hyper spécialisation. La course à l’originalité à tout prix les conduit au mono-produit : un site Internet de vente de chaussettes, une boutique de confitures (bientôt on verra naitre des boutiques spécialistes de la confiture d’abricot), une cave spécialisée dans le champagne…

L’immense avantage de ce type de création, fruit de l’esprit, est qu’il ne laisse pas indifférent : que l’idée soit ingénue, rigolote, saugrenue, géniale ou ridicule.

  1. Voyager

Le voyage s’avère un relai d’imagination fertile et parfois efficace pour draper une création traditionnelle d’une robe exotique aux reflets chatoyants. La découverte d’une culture ou d’un mode de vie, d’un produit ou d’un service inédit, peut ébranler un voyageur au point d’exciter son désir de l’importer, quitte à l’adapter, le métisser à l’environnement local.

Une romantique amère, venue pleurer à Venise son existence passée, tombe en émoi devant l’univers vénitien, les œuvres de verriers de Murano, les masques et autres curiosités ; un jeune marié à une colombienne, en voyage de noces dans le pays de son épouse, se délecte du pain local, l’arepa, qu’il souhaite servir à tous les plats dans un restaurant rapide, en guise de dot sentimentale ; au Mexique, la rencontre avec l’ancestrale lucha libre provoque le désir fou de créer un bar aux chaudes couleurs aztèques, doté d’un ring pour accueillir des combats de lucha libre ou pour offrir cette tribune d’expression corporelle à ses clients…

Cerise sur le gâteau : le produit étranger fabriqué par des pauvres, dans des conditions socialement pas inacceptables.  L’équitable ou l’éthique interpelle la conscience du consommateur occidental et fait mouche, son ressort « charitable » s’avère, pour peu qu’un minimum d’authenticité anime le lieu, un argument de vente efficace. La mise en place de ce type de circuits ne se faisant pas toute seule, un soupçon de conviction est sûrement nécessaire.

L’importation d’ailleurs peut avoir également pour origine la nostalgie de ses racines : un Breton lançant une épicerie de la mer, type Belle-Iloise, dans un quartier de Paris ; un caviste-bar à vins chantant les produits audois dans une atmosphère ru(gby)stique.

Ces créations s’inspirant de l’ « ailleurs » insufflent un air renouvelé dans notre paysage aseptisé et monochrome, elles élargissent nos horizons en manque de perspectives.

   6.  Etre à l’écoute des muses

Elles sont nombreuses, les sirènes, à entonner, au large, des chants envoûtants. Et il est tentant, pour l’aventurier resté sur la berge, sans cap, de se laisser griser et de farcir sa coquille vide de cette moelle prometteuse.

Les pouvoirs publics constituent une première voix, puissante et sourde : non contents d’attiser l’instinct créateur, ils insinuent des pistes en instigateurs de marché. Les services à la personne, par exemple, représentent, à les écouter, un phénoménal vivier d’opportunités ; le développement durable, véritable bouillie servie à toutes les soupes populaires ; les diagnostics immobiliers, la garde d’enfants, le photovoltaïque, … Autant d’initiatives volontaristes destinées à emporter une flotte de crédules à la poursuite de « la gloire du soleil sur la mer violette ».

Par ailleurs, les médias, généralistes ou spécialisés, jettent la lumière sur des créneaux, des activités, des entreprises, souvent surexposés, qui s’autoproclament scintillants. Reste à déployer votre talent de singe astucieux pour entrer dans la ronde.

Une créatrice veut se lancer sur le jeune marché des mototaxis grâce au magazine « Challenges » qui promet, communiqué de presse du leader à l’appui, un avenir radieux à cette jeune activité.

Sondez le « quelqu’un qui m’a dit que ça marche » de votre entourage qui a la bonne idée à vous communiquer et que vous pourrez concrétiser.

Enfin, en désespoir de cause, si malgré toutes ces pistes, la révélation reste muette, vous pouvez chercher un associé détenteur de l’idée, ou à vous rapprocher des réseaux de franchise qui vous fourniront des kits de jeu pour monter votre boîte, moyennant des droits d’auteur modiques.

Publicités

Publié le 4 juillet 2011, dans Avant la création il y eut, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :