Il était une rue… Godot de Mauroy (Paris 9)

De la prostitution à la restauration

Percée sous la restauration (1818) dans le cadre des opérations de spéculation foncière menées dans le quartier de la Madeleine, la rue Godot de Mauroy doit son nom aux propriétaires du terrain de l’époque. Elle relie le boulevard de la Madeleine et la rue des Mathurins. Un décret non exécuté (1858) prévoyait son prolongement jusqu’à la rue Auber.

Plan

Cette rue fut longtemps un haut lieu de la prostitution parisienne. Marcel Proust avait aidé son ami Albert le Cuziat à y ouvrir, en 1913, son premier établissement, Les Bains de Cuziat, au 11. Pour l’histoire, le Cuziat était un jeune breton venu chercher fortune à Paris ; entré comme domestique chez un duc polonais, il prospéra d’abord dans les services rendus à l’intérieur du milieu aristocratique. Il rencontra Marcel Proust lors d’une soirée mondaine en 1911. Une amitié et une complicité les lièrent rapidement. Il fournissait à l’écrivain les dernières histoires du « Tout-Paris pédéraste », lesquelles nourrissaient l’œuvre de Proust. Ce dernier, en finançant la création des bordels pour hommes de son ami, s’offrait ainsi un lieu destiné moins à assouvir ses besoins qu’à observer, avec la complicité du tenancier, les scènes qu’il pourrait retranscrire dans son œuvre. En effet, dissimulé derrière une fenêtre prévue à cet effet, il pouvait s’adonner à un voyeurisme serein. Le Cuziat ouvrit un second établissement, l’Hôtel Marigny (« le Temple de l’impudeur »), en 1917, soutenu une fois encore par l’écrivain.

C’est d’ailleurs une ex-prostituée de la rue, Marthe Richard, qui, touchée par la grâce, fut à l’origine de l’interdiction des maisons closes. Issue d’une famille modeste de Lorraine, elle s’enfuit de chez ses parents à 16 ans, et échoua amoureuse dans les bras d’un Italien proxénète. Elle devint ainsi prostituée dans les bordels à soldats de Nancy, où le rythme olympique (50 passes par jour) lui fit contracter rapidement la syphilis. Dénoncée par un soldat, elle dût se réfugier à Paris où elle entra dans une maison close de la rue Godot de Mauroy. Elle y rencontra en 1907 un riche industriel, Henri Richer, qui l’épousa en 1915. Elle se mua alors en respectable bourgeoise de la Belle Epoque. Ce fut elle qui déposa un projet à l’origine de la proposition de loi qui fut votée le 13 avril 1946 par la chambre des députés et qui instaura la fermeture des maisons closes.

Comme les rues de Provence et Joubert, la rue Godot de Mauroy mettra du temps avant de se défaire complètement des dessous encombrants de cette activité qui parasitait son renouvellement commerçant. Elle va bénéficier des efforts consentis par la Ville et la Préfecture pour chasser la prostitution du cœur de Paris, et de sa situation pour devenir en l’espace d’une dizaine d’années, une artère dédiée à toutes les formes de restauration, jusqu’aux concepts de l’air du temps. En effet, inscrite dans une zone à la fois à forte densité de bureaux (12 000 employés), et touristique (entre les Grands Magasins et la Madeleine), elle se trouve balayée par la vague de restauration qui envahit les quartiers centraux. Jouant sur la densité et la variété des cuisines, elle actionne, malgré sa situation naturelle encastrée, sa force centripète pour faire venir à elle les actifs à l’heure du déjeuner.

Les derniers vestiges de la prostitution, au-delà du seul sex-shop subsistant, sont à trouver dans les noms d’établissements. Comme la présence de Beckett par exemple chez deux d’entre eux : le Beckett, bistrot ouvert par un chef chilien (8, rue Godot de Mauroy, 20 €), ou le Molloy Malone’s, petit pub irlandais (21, rue Godot de Mauroy). Elle fait référence à l’anecdote selon laquelle l’écrivain irlandais se serait fait accoster par une prostituée tandis qu’il attendait le bus, à l’angle de la rue Godot de Mauroy. Devant son refus, elle lui aurait demandé s’il attendait Godot ? Une des explications possibles, loin d’être la plus plausible, du titre de sa fameuse pièce.

Godot de Mauroy

La rue illustre bien la folle vivacité de la restauration moderne, les rotations demeurant fortes, elle voit ainsi cohabiter indépendants et franchisés, aux spécialités intemporelles ou plus aléatoires. Elle offre encore des loyers moins inaccessibles que les artères adjacentes (rues de Sèze, Auber, Mathurins,…). Le chiffre d’affaires moyen des restaurants de la rue se monte à 330 k€ (assez élevé compte tenu de la surface souvent étroite).

Aussi trouvera-t-on aujourd’hui (demain, cela aura déjà changé) une belle représentation des cuisines du monde : japonaise avec Tonegawa au 8 (sushis, makis et sashimis), Tonki au 11 (en remplacement de Delyan), Tsubomi (15€) au 28.

Italienne Bella Vita au 11 (pizza, plats italiens), Comeprima au 33 (pâtes et viandes -20 €), et Toto au 35.

Grecque, avec la confrontation entre la version traditionnelle du au 24 (15/20 €) et de la moderne Gallika, nouvellement arrivée au 7, autour de la pita remarketée.

Libanaise : Rania au 26 (15/20 €).

Bretonne : Le Comptoir Baulois au 34 (25 €), la crêperie du Cap Breton.

La restauration verte et rapide, avec certaines variantes, est en nombre : Mongoo au 30 (3ème établissement après la rue de Washington et La Défense), l’enseigne Ankka qui ne désemplit pas au 16 (3ème également à Paris, après la rue de la Boétie et La Défense), Koss au 19, A la carte au 36, New Ferme au 41.

Les enseignes de restauration rapide : Pegast et Bagel Corner, toutes deux installées depuis moins de deux ans.

Un spécialiste du riz Rice bar, un du burger évidemment Un amour de burger au 7 (13 €).

Française enfin, avec La Muse du Chai, ma préférence, au 29 (option bar à vins), le Bistrot neuf ou Le Petit Tonnelier

Bref, la rue Godot de Mauroy était il y a peu encore un symbole des mœurs troubles qui ont marqué la société d’une époque passée. Elles ont été chassées des rues de la cité pour être remplacées ici comme ailleurs par la restauration moderne destinée aux actifs. L’âme de la rue s’est ainsi transformée, pour proposer aux hommes et aux femmes la satisfaction d’un autre besoin primaire, à la mi-journée voire le soir. Le reste du temps, elle s’éteint.

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Entreprendre et se reconvertir

La vie professionnelle pilotée comme une trajectoire uniforme a du plomb dans l’aile. Les employeurs et leurs cellules de recrutement ont beau maintenir le cap, les déroutements sont de plus en plus fréquents. Et spectaculaires.

Apprenti chef

Les évolutions du marché du travail, celles des mentalités, conduisent à revoir sa feuille de route à plusieurs reprises dans une vie : le choix d’orientation fait à 20 ans peut ne plus correspondre à ses aspirations 10 ou 20 ans plus tard ; l’expérience, le regard que l’on porte sur soi et sur la vie, sur le travail, peut nous appeler vers de nouveaux défis ; un employeur peut nous encourager à aller voir ailleurs ; un « profil » cramé sur le marché du travail peut nous inciter à le supprimer pour en créer un nouveau, dans la mesure du possible ; le travail fragmenté peut encourager la multi-activité et initier une nouvelle voie professionnelle ; etc…

Avec, en lame de fond, la possibilité d’entreprendre, et tous les accessoires de la mythologie qui s’y rapportent.

Le ressort personnel est aujourd’hui davantage sollicité : à quoi rime ce parcours ? qu’ai-je envie de faire réellement ? sont des questions qui viennent nous chatouiller comme des alertes contre le piège de la routine, contre le risque du regret, ou contre l’impasse professionnelle.

De ce questionnement peut émaner l’appel du large. L’envie de faire du neuf peut arriver brutalement ou naviguer en soi quelque temps avant que l’on ne se décide à l’écouter et à agir -les circonstances de la vie nous gouvernant en partie (voir mes articles sur la trilogie : Motivation, Idée et Déclic). Ecouté dans l’urgence, ou dans une phase d’anxiété (licenciement brutal, tensions familiales, au travail, difficultés financières,…), ce désir peut produire une création explosive. En revanche, s’il est apprivoisé et travaillé, il aura plus de chances de donner les fruits escomptés.

Il est une richesse naturelle qu’il faut prendre le temps d’exploiter. Sans l’inhiber, il convient de le saigner de tout fantasme pour éviter d’être « ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques dont le mirage rend le gouffre plus amer ». Il est tellement facile de s’enivrer d’une image…

La reconversion créatrice s’appuie sur des forces : énergie, envie, enthousiasme ; créativité ; apports de l’expérience antérieure.

Elle contient des aléas : indépendance à dompter ; métier à découvrir ; temps de l’apprentissage ; compétences gestion, commerciales,…

Pour se donner toutes les chances de réussir ce tournant, la réflexion préalable est essentielle. Voici un questionnement simple à mener.

 

Décrypter le chant de la sirène

Est-il bénéfique ? Sur quoi repose-t-il ? Où vous attire-t-il ?

La motivation et les attentes figurent parmi les ressorts de la réussite : elles constituent la capacité d’endurance et la possibilité de l’accomplissement personnel.

Un des enjeux majeurs, me semble-t-il, est de s’interroger en toute lucidité sur ce qui nous pousse dans cette voie et ce qu’on attend d’elle : lassitude professionnelle et/ou mettre un sens / du plaisir dans son travail et/ou être indépendant et/ou exploiter un business et/ou créer son emploi et/ou gagner un peu / beaucoup d’argent, etc. Les raisons doivent être positives et accordables.

Combien d’entrepreneurs créent une boutique dans la perspective d’essaimer en France et dans le monde. Avant de piloter la chaîne, il faut d’abord se coltiner le premier petit maillon, si petit au regard de notre ambition. On sera d’abord commerçant et on acceptera le fonctionnement d’une boutique : la répétition des tâches à faible intensité intellectuelle, son caractère sédentaire -quasi carcéral-, des horaires de travail élargis qui peuvent engloutir le samedi voire le dimanche, les soirées pour la restauration, aimer le contact avec la clientèle, le vide pendant les heures creuses,…

Si on veut monter une librairie, aimer les livres ne suffit pas. Il faut savoir les vendre. Il faut savoir acheter, il faut savoir gérer. Il ne faut pas rapporter sa rémunération au temps passé dans la boutique.

On crée un restaurant parce qu’on aime la nourriture et préparer des petits plats dans un cadre convivial. On peut être broyé par le fonctionnement d’un établissement et le rythme qu’il impose.

Par ailleurs, il faut apprécier le risque financier : ces projets nécessitent une mise de fonds conséquente et engendrent des frais importants (loyer, remboursement, salaires, achats, etc.). Pour un rendement souvent limité.

Bref, il faut poser l’équation et vérifier que ce que l’on attend de l’entreprise est conforme à ce qu’elle peut vous apporter. Et vice-versa, que le fonctionnement de l’activité envisagée vous satisfera. Que le risque financier est acceptable.

 

Bilan personnel

Quelles sont mes contraintes ? Vie de famille, finances,… L’activité envisagée est-elle compatible ? Un restaurant ou un commerce consomme une bonne partie du temps familial. Le conjoint, s’il existe, doit être partie prenante de votre choix.

Quels sont les moyens financiers dont je dispose pour lancer ce projet ? Sont-ils suffisants ?

Que doit générer l’entreprise à terme pour me rétribuer ? Quelle rémunération puis-je espérer à travers cette activité ? Est-ce conforme à mes aspirations ? à mes contraintes personnelles/familiales ?

Quelles sont mes compétences et qualités ? Les confronter à celles que l’activité envisagée requiert. Valider la cohérence, éventuellement réfléchir à la façon de remédier aux carences.

L’activité nécessite-t-elle une qualification particulière ? un tour de main ou des compétences propres ? Comment puis-je raisonnablement les acquérir ? Ai-je le temps de me former ? Faut-il m’associer ou recruter un professionnel qui les détient ?

A quoi ressemblera mon travail quotidien ? Cela me satisfera-t-il ?

Suis-je prêt à sacrifier un salaire fixe, des congés payés et Rtt, les avantages sociaux du salariat ?

Le statut social est-il important pour moi ?

Suis-je prêt à assumer l’échec ?

 

Plan d’actions

Le temps est un élément clé dans la préparation et la mise en place du projet, sa réussite. Il me semble indispensable d’organiser les actions à mener dans un calendrier :

  • une formation ou une expérience préalable,
  • les informations à obtenir sur l’activité, sur la création d’entreprise,
  • les rendez-vous avec des professionnels, des acteurs clés,
  • les rencontres avec des entrepreneurs qui pourront vous conseiller, vous faire partager leurs expériences,
  • l’étude de marché, le positionnement de votre offre,
  • le business-plan,
  • la recherche du local ou du fonds,
  • celle des financements,
  • l’immatriculation,…

Il convient -autant que faire se peut- de réaliser le maximum d’actions alors qu’on est toujours en poste. A minima valider la cohérence de ce nouveau projet professionnel.

La phase de mise en place du projet est longue : un an à deux ans. Avoir cela à l’esprit pour bien la mener.

 

Faut-il se former avant d’entreprendre ?

Il est toujours préférable de connaître un minimum l’activité que l’on souhaite exercer avant de se lancer. Certains voient ce passage comme un détour ou une perte de temps. Il permet de confirmer son intérêt pour ce nouveau métier, de faire des choix plus judicieux, et d’être plus efficace le moment venu.

Si au bout d’un mois, on se rend compte que la vie d’un commerce ou d’un restaurant ne convient pas, il est toujours temps de faire machine arrière. Ce paramètre est souvent minimisé (la perspective d’avoir sa propre affaire peut aveugler sur ce que cela suppose au quotidien).

Une expérience préalable auprès de professionnels permet d’apprendre leurs techniques, de vous enrichir à leur contact (ils ne manqueront pas de vous donner leur avis sur votre projet après, ils pourront vous aider utilement). De tanner votre projet. De vous insérer auprès des fournisseurs. D’approcher la clientèle et d’apprécier ce contact.

Selon les activités envisagées, ce passage sera plus ou moins obligatoire : certaines d’entre elles imposent une formation préalable (celles qui relèvent de l’artisanat comme la boulangerie, la boucherie, la coiffure (pour l’instant), la beauté,…). Pour la restauration, fût-elle rapide, sans être imposée elle est très fortement conseillée.

Il existe à la fois des dispositifs permettant une prise en charge de ce type de formation, et des formations professionnelles adaptées au métier ciblé.

L’entrepreneuriat, en reconversion, change radicalement une vie. Plus qu’on ne le soupçonne. Les conseils ou mises en garde extérieurs ne percent pas souvent la carapace de la détermination. C’est en le vivant que l’on s’en rend compte. Aussi faut-il anesthésier son orgueil pour écouter, filtrer et s’approprier ces conseils qui ne peuvent qu’augmenter les chances de faire les bons choix, dans le bon tempo.

« Si j’avais su avant de me lancer ce qui m’attendrait, jamais je ne l’aurais fait. Mais je ne regrette aucunement ce choix. J’ai appris plus en faisant que toute ma vie auparavant. » Phrase qui revient très souvent chez ceux qui ont emprunté cette voie.

Tandem – l’art de l’association

Un soir, au fond d’une taverne exaltée,

Deux camarades, à l’amitié dans la griserie chevillée,

Caressaient des défis infinis

Chargés de cette joyeuse vitamine.

TandemEspagnol

« A rester dans les rues de la ville,

Immobiles,

On s’empâte, on se gâche.

Prenons nos vélos et partons

Dans les plaines, les plateaux,

La montagne, là-haut.

Ton profil est rouleur,

Sur les routes plates tu nous porteras ;

Viennent les côtes et le relief,

Ma vivacité te relayera,

Pour nous happer aux sommets. »

Sans davantage en préciser les contours,

Sans même sortir de carte pour organiser le tour,

Les deux amis trinquèrent à cette promesse

Qui brillait comme un diadème,

Qui changeait des mêmes thèmes.

L’appareil acquis, un tandem dernier cri,

L’instigateur dut attendre son ami,

Dont le tumulte de la soirée résonnait

Encore dans sa tête embourbée.

A mesure que la ville lentement s’éloignait,

Le rouleur taiseux de son labeur s’écartait :

Il observait non sans envie

Qui les vélos, qui les voitures,

Qui une caravane roulant à belle allure,

Avec insolence, tous, les déposer.

Ses pensées bourdonnaient autour d’un pourquoi :

Pourquoi avait-il enfourché un vélo et quitté

La ville où il avait ses amis et son toit ?

Aimait-il vraiment ce sport douloureux ?

A quoi bon cet effort au plaisir hasardeux ?

Le leader, sentant son équipier flancher,

Avait à plusieurs haltes accédé.

A la tentation de la bière, ce nectar enchanteur,

Celui-ci finit-il par céder

Dans l’espoir d’y puiser les ressources et l’ardeur

Qui la veille avaient ce projet insufflé.

Ce poison eut pour effet fatal

D’achever et ses jambes et son courage.

Malgré une attention forcée et des encouragements répétés,

Le leader commençait à douter de l’équipée.

L’associé, même sur son terrain,

Etait pour lui un frein.

Mais, égarés dans la campagne assis sur le même engin,

Ils ne pouvaient plus séparer leurs destins.

A deux ils avaient débuté, à deux ils devraient finir

Une échappée lestée d’un fardeau imprévu.

Quand vint le moment d’attaquer les collines,

L’associé-rouleur que le braquet de la plaine

Avait exaspéré, voulut aussitôt

L’obstacle contourner, par les chemins latéraux.

Les volontés contraires paralysèrent l’avancée

S’opposant dans une algarade haineuse

Où le dépit et la rancœur

Furieusement se déchiraient.

Jamais plus les deux amis, ensemble, ne fréquentèrent

Les bars et les tavernes.

Le leader rangea au garage le tandem,

Se reprochant d’avoir envisagé un associé

Pour des qualités qu’il n’avait pas ;

Le rouleur reprit la fabrication de ses rêves

Par les bières arrosée, et les calfeutrait

Dans la solitude de ses nuits.

L’entreprise Georges Bell

Première promo pour ce court roman que j’ai écrit pour prolonger l’exercice :

Aurélien se nourrit de vin, de littérature, et des rêves déchus d’entrepreneurs. Il écrit sur ces hommes et ces femmes qui un jour ont souhaité reprendre leur destin en main en créant leur entreprise, et qui, par là-même, ont provoqué leur malheur. Spectateur lucide de l’acte insensé – il se définit ainsi -, Aurélien marine dans le pessimisme quand un certain Georges Bell prend contact avec lui pour lui confier une mission singulière, une mission qui peut lui redonner confiance…
Pourquoi créer son entreprise ? Qui sera l’élu ? C’est à ces questions qu’Aurélien doit répondre pour trouver la lumière. Mais surtout que veut Georges Bell ?

Une fiction qui navigue dans les eaux agitées de la création d’entreprise.

http://www.librinova.com/shop/guillaume-bekelynck/l-entreprise-georges-bell
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Et Kobo

Soleils noirs

Voici 2 histoires récentes comptant parmi les protagonistes des asiatiques, mais qui traitent avant tout de reprises de fonds mal négociées, où les preneurs pensaient acheter leur liberté…

Le rêve d’une vie qui tourne au cauchemar. Haïtienne d’origine, Jeanne travaille en France comme aide-soignante. Pendant une vingtaine d’années, elle met de l’argent de côté en vue de monter le projet qui l’anime, autour de la restauration et de la cuisine de ses racines. Approchant de la retraite, elle engage le processus de concrétisation avec son fils. La recherche de local dure près de 2 ans, avant de tomber sur une opportunité à proximité de Montparnasse, un restaurant asiatique qui toussote depuis moins de 2 ans et affiche péniblement 40 k€ de chiffre d’affaires. La visite du lieu les convainc de l’acheter cash 90 k€ (en moyenne, la base, pour une reprise de fonds de commerce, qui nécessite normalement 3 années d’exploitation, se paye +/- au niveau du chiffre d’affaires annuel moyen réalisé). Le bail originel indiquait que le preneur asiatique s’engageait à prendre à sa charge les travaux d’installation d’une extraction. Pendant la visite, ils ont pu voir le restaurant fonctionner, avec une femme en cuisine, marmite, vapeurs et odeurs, aspirées par ce qui ressemble à une extraction, ce que le cédant confirme. La greffe de la cuisine afro-caribéenne doit pouvoir opérer : ils signent la vente.
Las, très vite, lors des menus travaux de prise de possession, certains vices surgissent. Ce qu’ils avaient pris pour une extraction n’est qu’une bouche d’aération qui avait été maquillée et mise en scène pour la visite (une mascarade à La Vérité si je mens), une cuisine hors normes, une salle au sous sol qui s’avère inexploitable, le gaz et l’électricité à refaire, des canalisations défaillantes,… La désillusion est de taille, comme la facture qui s’annonce. Ils interpellent le notaire 3 mois plus tard, de justesse le prix séquestré peut être bloqué. La transaction à l’amiable échoue, une procédure est donc enclenchée et doit aboutir à une première audience. Mais entre temps, les loyers, les factures, s’empilent ; une demande de suspension de loyer vient simplement d’être envoyée au bailleur. Les frais engagés dans l’affaire atteignent 130 k€, les réserves personnelles sont taries. Et surtout, le nerf passionné de l’aventure est broyé, le restaurant est devenu un membre infâme.

George est chinois d’origine, albinos et malvoyant de naissance. Soumis à de fortes discriminations, il fuit son pays pour venir en France en 1992. Il pratique dans un premier temps le savoir traditionnel qu’il a appris en son pays, l’acupuncture, mais qui, en France, n’a pas de reconnaissance légale. Dans l’obscurité, la tâche est compliquée, il finit par jeter l’éponge et, après avoir assisté l’ouverture d’un restaurant d’un ami, s’enlise dans une période sans travail qui va durer une dizaine d’années. Las de ne rien faire, appuyé de proches, il se tourne vers une entreprise qui lui parait à sa mesure. Créer et diriger un restaurant. Sans expérience dans le métier, il compte recruter sa sœur en cuisine et une amie en salle. Lui parlera aux clients de l’importance de respecter les saisons dans l’alimentation, pilier de l’harmonie du corps et de l’esprit. Sa quête l’emmène dans la partie morne d’une rue animée plus loin. Mal entouré, il achète un resto rapide en déshérence le double de sa valeur : la moitié du prix au moyen de sa mise de départ, l’autre moitié par un crédit vendeur dont le remboursement commence à courir le mois suivant. En possession du fonds, il se trouve toutefois dans l’incapacité de faire les travaux nécessaires à son exploitation. Et le compte à rebours a débuté.

Deux exemples parmi tant d’autres, où la faiblesse et l’ignorance se trouvent happées et dupées par des vendeurs prompts à en profiter. Ces situations sont dramatiques. Les conseils d’experts sont indispensables à ce stade. Et malheureusement les verts repreneurs ne sont pas toujours conscients des enjeux de leur acte.

La Création dans le fauteuil de la Cour des Comptes

Quand le contrôleur de l’Etat, la Cour des Comptes, choisit comme champ d’investigation la création d’entreprise, je suis naturellement curieux d’en connaître l’analyse et les préconisations. Les magistrats ont ainsi publié, le 14 février, un rapport portant sur l’évaluation des dispositifs publics d’aide à la création, rapport dans le sillage duquel le comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée Nationale a communiqué, le 28 février, un document de synthèse et « Trente propositions pour favoriser et accompagner la création d’entreprises ».
Rapport Cour des Comptes 1
Rapport Assemblée Nationale
En préambule, on ne peut que se réjouir de voir enfin la volonté de mettre l’entrepreneuriat au centre d’une réflexion globale. Le constat d’ensemble apparaît sensé, les recommandations également ; reste à voir si la mise en application concrète sera à la hauteur des objectifs. Le chemin est encore long.
La France serait quantitativement entreprenante : 550 000 créations d’entreprises, 260 000 si on exclut les auto-entrepreneurs. Les Français nourriraient un fort désir d’entreprendre. En tout cas, certains souhaitent s’en convaincre et convaincre que la France est une « terre d’entrepreneurs ». Le même sondage revient d’ailleurs en ritournelle chaque année avant le Salon des entrepreneurs, autour de la fumeuse question « Auriez-vous envie de créer votre entreprise ? », question qui s’inscrit dans les nuages du rêve, qui évoque l’indépendance, sans contrainte ni engagement, l’interrogé se dit qu’être son patron peut être sympa, et va répondre plus aisément oui. Et que prouve cette « enquête d’opinion » ? Que « Près d’1 français sur 3 envisage de créer une entreprise » ? La magie des sondages. Entre le désir vague et passif et l’intention, la distance est grande : « Avez-vous préparé un projet ? », ils ne sont plus qu’1 sur 9 à l’affirmer (on les croit sur parole). Enfin, une information intéressante : parmi ces futurs entrepreneurs, 1 sur 2 aurait un projet comportant une innovation (16 % ne sait pas si son projet certain qu’il va lancer « dans les 2 ans » contient une innovation ou pas), l’avenir de la France est assuré ! Pourtant, à la question portant sur les motivations qui les poussent à créer leur entreprise, ils ne sont que 15 % à mentionner l’envie de lancer un nouveau produit. Alors qu’entreprendre a pour correspondances : l’indépendance, l’épanouissement et l’argent ; une vie meilleure par rapport à la situation actuelle. Des caractéristiques d’entrepreneurs intrinsèques… La création d’entreprise reste une belle chimère à saigner. Après avoir ouvert les vannes de la création, peut être faudrait-il mettre un peu de plomb dans le message. La sensibilisation à l’entreprise et à l’entrepreneuriat, appelée aussi par les magistrats, doit avec un accompagnement qualifié des entrepreneurs (conseil et financement), et une communication publique et médiatique plus appropriée, favoriser ce passage à l’acte et réduire la mortalité infantile.
En effet, pour la Cour, le problème français ne serait pas le nombre de créations, mais la pérennité de celles-ci : un tiers des entreprises créées en 2006 avaient disparu en 2009, la moitié en 2011. La création d’entreprise est également faiblement génératrice d’emplois : 4 % des entreprises pérennes à 5 ans en créent. Les facteurs de risque sont connus : forme juridique, faiblesse des capitaux de départ, absence de prêt bancaire, profil du créateur. Comment la puissance publique alloue-t-elle ses aides ? les dirige-t-elle efficacement ? Non, dit le rapport, puisque la moitié des entreprises créées n’ont pas bénéficié de soutien, et 70 % n’ont pas été accompagnées ? Alors que le coût global de l’action publique a été chiffré à quelque 2.7 milliards d’euros. Ce que critique la Cour des Comptes, c’est avant tout l’absence de stratégie globale : une juxtaposition d’acteurs et de dispositifs sans cohérence, ni ordre. Sans pilote. L’Etat, la Caisse des Dépôts, la Sécurité sociale, les collectivités, Oséo,… Les dispositifs apparaissent comme un « millefeuille illisible » pour le candidat à la création, et coûteux.

« Or, dit le rapport, les financeurs, qu’il s’agisse de l’Etat ou des collectivités locales, à l’exception de quelques cas, n’ont pas de projet stratégique d’ensemble reposant sur un diagnostic des forces et des faiblesses de la création d’entreprises. En fait, les actions menées participent à trois politiques différentes, qui se recouvrent en partie et pour lesquelles la création d’entreprises est souvent plus un moyen qu’un objectif :
– le soutien au dynamisme du tissu économique et des territoires à travers les très petites entreprises (TPE) et PME « classiques » ;
– la réduction du nombre de chômeurs en les encourageant à créer leur propre emploi,
– le développement des entreprises innovantes, qui sont censées créer les emplois de demain
. »

La Cour propose de définir une stratégie d’ensemble, autour d’un responsable interministériel et de descendre au niveau de la région la coordination des dispositifs (à rationaliser et redéfinir). Cet objectif sur lequel je ne m’étends pas promet une mise en place compliquée.
Elle fustige en particulier les aides-guichet concentrées en faveur des chômeurs (il s’agit essentiellement de l’ARCE et de l’ACCRE, soit le maintien ou la capitalisation des allocations chômage et l’exonération de cotisations sociales), aides-guichet parce que offertes sans filtre ni contrepartie, automatiques. Elles coûtent 1.6 milliard d’euros. La Cour nous présente, à cette occasion, une typologie des créateurs d’entreprise étonnante. Il y aurait les chômeurs « qui créent en général des TPE sans grande capacité de développement » ; les créateurs d’entreprises innovantes et les créateurs d’entreprises « classiques ». Alors que précisément, le système incite les entrepreneurs « classiques » ou « innovants » à passer par la case « chômage » pour bénéficier de ces importants soutiens. Il est louable et opportun de distinguer la création par ses natures et ses ambitions, la segmentation mérite toutefois d’être affinée.
L’apprentissage de l’entrepreneuriat est violent, d’où qu’on vienne : cadre, employé, chômeur, fonctionnaire, inactif… Le maintien des allocations est une perfusion bien souvent indispensable pour aider les entreprises à naître, à poser les jalons de leur activité, avant de leur permettre de produire elles-mêmes les revenus de leur animateur. Cette phase d’amorçage est fragile et délicate. Longue souvent. Le chef d’entreprise doit souvent attendre 1 à 2 ans, voire plus, avant de pouvoir se rémunérer, quand l’entreprise a trouvé un embryon de marché. A moins qu’elle ne disparaisse faute d’activité suffisante. Mais sans cette aide, combien d’entrepreneurs laisseraient leur projet au frigidaire ? Combien d’entreprises disparaitraient plus précocement encore ? Il n’est sans doute pas question de la supprimer, mais de la conditionner. Et de réfléchir sur l’anesthésie produite ainsi.
Il convient ensuite de rationaliser le nombre d’aides, de rendre les dispositifs lisibles, pour favoriser un parcours cohérent, durable et efficace pour l’entrepreneur. Il faudrait notamment s’appuyer sur, et promouvoir, les réseaux de conseil et de financement qui visent tout créateur et pas seulement les chômeurs (tout en préconisant de redéfinir le rôle de chacun, d’intégrer une démarche d’évaluation de leurs performances, des compétences du personnel). La Cour préconise notamment la suppression du dispositif Nacre (géré par l’Etat, source de coûts importants et redondants) et son transfert vers les réseaux de prêts d’honneur. Les rapporteurs de l’Assemblée Nationale proposent de généraliser et de rendre obligatoire l’accompagnement des créateurs bénéficiaires d’aides publiques, de l’inscrire dans la durée.
Ainsi, le devenir des entreprises créées est officiellement posé. Ce parcours dans le temps doit favoriser la détection et le soutien des entreprises à potentiel de croissance (conseil, réseau, financement). La question essentielle du financement du développement d’entreprises aux fonds propres émoussés par un démarrage exigeant est soulevée à juste titre. La Cour appelle à une stabilité du cadre fiscal et réglementaire destinée à favoriser le capital-risque. L’enjeu de la formation des chefs d’entreprise est également abordée.

Le mérite principal de ces rapports est de poser la question de l’entrepreneuriat dans son ensemble, et de révéler l’action publique à son égard. Après avoir levé un certain nombre de freins à l’initiative (administratifs, financiers, psychologiques), il est temps en effet de mesurer l’efficacité des dispositifs.
> Comprendre, pour la sphère publique, l’entrepreneuriat dans ses différences pour mieux en parler (sans amalgames) et appliquer des parcours adaptés
> Donner envie d’entreprendre, mais aussi rendre l’entreprise concrète et réelle
> S’il n’a jamais été aussi facile de créer une entreprise, la développer et la gérer l’est beaucoup moins : préparer les mentalités, responsabiliser (la création attire aussi un public fragile pour qui la prise de risque est totale)
> Etendre et professionnaliser la formation et l’information des entrepreneurs en amont, renforcer le conseil qualifié avant le départ du coup de feu
> Favoriser l’accompagnement dans la durée des entrepreneurs, sortir des aides guichet sans tomber dans les usines à gaz
> S’appuyer sur les réseaux proches des entreprises et des territoires, leur donner les moyens d’amplifier leur action
> Soutenir le développement d’entreprises prometteuses mais encore fragiles : mise en réseau, mentorat, financement
Nombreux sont ceux qui ignorent qu’il existe des aides qui les concernent, beaucoup capitulent devant ce qui leur apparait comme un magma incompréhensible. Il est temps de rendre lisible ce paysage et lui donner de la cohérence, en mettant l’entrepreneur et l’entreprise au centre du débat.
Il est temps également de tenir un discours vrai et responsable sur la création d’entreprise qui, sans en dissoudre la magie, serait plus en phase avec les formidables défis qui attendent les entrepreneurs, les créateurs de valeurs.

Tournée de Bars (à vins)

Les cartes de vins des restos laissent souvent un goût de… je vais prendre une carafe d’eau.
Se poser la question de choisir le premier prix pour limiter la casse : un grand Costalou à 24 €, et puis non, décidément, se résoudre à payer 30 fois le prix d’une bouteille, pour un restaurateur mal intentionné… une carafe d’eau. Et ne plus revenir. Voilà pourquoi la mode des bars à vins qui se propage dans les rues de Paris (près de 200) a ses vertus. Pour 24 €, normalement on s’en tire avec un véritable flacon ; voire, on a le luxe du choix. Une offre anti-crise et anti-déprime, le bar à vin surfe sur l’intérêt croissant suscité par la vigne et répond à une demande de convivialité, simple et chaleureuse. Aux patrons d’apporter leur ligne éditoriale, leur personnalité, et un relais créatif aux traditionnelles planches de fromages et de charcuteries. Encore que, c’est le terroir, on ne s’en lasse pas.
D’un point de vue business, le bar à vins dynamise la simple cave, plus inerte et lourde : le stock est imposant, les marges de la cave s’avèrent maigres (35 à 40 %), et la rotation lente. A cela s’ajoutent le rythme d’activité de la cave (concentrée en fin de journée, en fin de semaine), sa saisonnalité (décembre et les mois creux), et surtout une concurrence de plus en plus sévère : même en écartant les cavistes en ligne, localement la densité de caves sur un quartier peut devenir effarante, sans pour autant arrêter les ambitions de nouveaux croisés du vin. Un exemple, la rue de Lévis, un pôle commerçant du 17ème arrondissement, est arrosée maintenant par 6 cavistes, en plus d’un petit Nicolas, d’un Repaire de Bacchus, et du rayon vin de Monoprix. Difficile de tenir. Dans ce contexte, certains voient dans la spécialisation (parfois radicale) et/ou dans l’ajout d’une consommation sur place, une solution offrant un renfort de fréquentation et une activité bienvenue.

Voici une sélection de bars à vins, qui sort des institutions, faite sur les hommes d’abord, le lieu et la carte des vins aussi.

Le Bouclier de Bacchus
18, rue Saint Lazare – Paris 9
bouclier Carreaux de ciment au sol, un bel ordonnancement de bouteilles dans des étagères de briques et de bois, une pile de cartons qui s’amoncelle à l’entrée faute de place dans les étagères, au Bouclier, on aime le vin avec gourmandise et passion. On peut le déguster au milieu des bouteilles au rez-de-chaussée, ou à l’étage dans un salon lounge. Des planches ou une restauration à l’ardoise qui varie tous les jours, mais qui revient aussi (ouf, le moelleux au Maroilles n’est pas perdu). Philippe, l’âme du lieu, trouvera l’association adéquate, au doux prix de la cave. Le Bouclier est victime de son succès : la réservation le soir est vivement conseillée.

Le Vin au Vert
70, rue de Dunkerque – Paris 9
Une cave positionnée sur les vins issus de l’agriculture biologique. Etienne et Sébastien ont créé ce lieu, au sud d’Anvers, en 2009 pour partager et promouvoir ce goût croissant d’une demande en quête de sens. Œnologues tous 2, l’un côté vignes, l’autre côté vente, ils ont uni leurs sillons en concevant ce lieu à double détente : une cave à gauche et des tables à droite. On y déguste les vins exposés (prix cave + droit de bouchon) avec un plat simple et sur le produit ou une planche de charcuterie. L’accord sonne forcément juste.

L’Ivress
5, rue Poissonnière – Paris 2
ivress Créée de toute pièce entre le Sentier et les Grands Boulevards, L’Ivress monte et gagne par un sens de l’accueil hors norme. Dans un lieu à la vitrine et aux volumes généreux, servi par une pierre apparente et une décoration étudiée, Loris et Christophe s’appliquent à vous faire passer un très bon moment : une carte des vins précise et serrée, un conseil enthousiaste, qui n’hésite pas à faire goûter pour achever de convaincre ; des planches opulentes et présentées avec distinction. Vos souhaits sont écoutés voire anticipés. Un luxe. Sans la pression de la rotation des tables : quand le restaurant est complet (souvent), les entrants sont priés de repasser.

A l’heure du Vin
46, rue Sainte Anne – Paris 2
Trésor Au milieu des sushis, se dresse cette oasis viticole. A l’heure du vin se décompose en un bar bistrot au rez-de-chaussée, et une cave climatisée avec une salle de dégustation au sous-sol. 120 références issues des vignes françaises, corses et du Nouveau Monde offertes à la dégustation ou à la vente. Une mention particulière pour le gras et très classieux, Condrieu du Domaine Barou, qui plus est, disponible au verre. Pour accompagner la dégustation, des assiettes de charcuterie et/ou de fromage corses (provenance certifiée), bruschetta, salades.

L’Ambassade de Bourgogne
6, rue de l’Odéon – Paris 6
Bourguignon d’origine, Philippe voit la vigne en Pinot noir et en Chardonnay. Il s’attaque avec L’Ambassade de Bourgogne, à une région riche en complexités. La cave propose une offre incomparable (600 références !) et qualifiée de flacons issus moins des grandes maisons que des vignerons. L’entreprise est audacieuse, pour le plus grand plaisir des amateurs de la région et de ses vins. L’Ambassade est également un bar avec une gamme de vins au verre, accompagnant un morceau de Cîteaux ou d’Epoisses, du jambon persillé de Bourgogne.

Dilettantes
22, rue de Savoie – Paris 6
dilettantes-ext-11 Marre des Moët, Heidsieck ou Duchêne ? Aux baronnies effervescentes vous préférez les vignerons authentiques ? Dilettantes vous invite à rencontrer, au sens propre comme au figuré, 25 artisans du raisin, et 6 de leurs cuvées, dans une cave qui leur est dédiée au cœur de Saint Germain des Prés. Sélectionnés pour leur typicité, ils représentent la gamme tout en nuances offerte par les 4 principaux terroirs de la prestigieuse appellation.
Fanny, elle-même fille de vignerons, expose ainsi à la lumière parisienne ces vignerons talentueux et propose une autre façon de goûter les Champagne.

Le Carrosse et la Citrouille

Un frêle sorcier, auréolé d’un titre supérieur en commerce,

Peine à maitriser une ambition volcanique, excitée

Par les sirènes enchanteresses qui bercent ces lieux-là,

Grisée encore par l’assurance offerte par des années dorées.

 

 

Il ne se résout pas à gaspiller son talent pour d’autres que lui.

Jeune, sans attaches ni bagages, il peut s’adonner à la création bohême,

Ne pas le faire maintenant, il le sait, serait source de regrets.

« Mon Destin est singulier et rieur, reste à le chatouiller »

 

Pour abreuver sa soif d’entreprendre, il se tourne vers le métier le plus simple,

La restauration.

« J’ai fait une école de commerce, je peux bien éplucher des patates »

Déclare-t-il humblement.

Mais, l’important, l’art dans lequel il a appris à exceller, est ailleurs.

C’est la formidable histoire qu’il s’apprête à raconter, en quelques slides colorés,

Une intrigue rebattue qui met en scène des personnages ordinaires,

Dans un accoutrement inédit.

Il tient là l’originalité, la touche conceptuelle qui fera la différence.

Un premier restaurant étalon, victime de son succès,

Un deuxième et un troisième dans l’année,

« Et la franchise ! Mon nom dans toutes les villes ! »

Et pour commencer, parce qu’avant de piloter la chaine,

Il faut bien s’attaquer à son premier maillon,

Le sorcier part en quête d’un local, réceptacle envoûté.

Aidé par de généreux associés, il ne peut pourtant pas

Rivaliser avec les grands magiciens de la place,

Dont les moyens et l’influence assurent les meilleurs espaces.

Le concept échoue dans une rue de moyenne affluence,

Desservi par des travaux qui n’ont pas tenu leurs promesses,

La robe perd vite son éclat et les cloques apparaissent.

Le sorcier prisonnier dans sa coque, rumine au milieu des épluchures,

S’agitant et criant, sans trop savoir que faire,

Spectateur hagard du clapotis ennuyeux,

Il se pince pour savoir s’il n’a pas rêvé.

 

Amer savoir celui qu’on tire des créations oniriques,

Un concept que l’on imagine singulier et magique,

Greffé dans la réalité, diffuse une lumière affaiblie.

Après tout, qu’importe !

Elle offre la satisfaction de la traversée accomplie.

La vogue des concepts « family friendly »

Chose nouvelle qui tend à s’installer depuis 5 ans à Paris, l’essor de boutiques destinées aux enfants et/ou à leurs parents. Dans le sillage de Cafézoïde et du Poussette Café, de nombreux espaces associant des activités hybrides germent pour réconcilier les 2 générations en même temps.

Le phénomène s’explique d’abord par le manque de structures ad hoc, un désert qu’a traversé tout jeune parent, dont le quotidien est inextricablement lié à celui de l’enfant. Comment peupler les boiteuses journées en dehors du sempiternel square et de ses 3 attractions squattées par la même horde de petits sauvageons ? Et où aller les jours de pluie ?… Cette expérience, ce traumatisme, se révèle ainsi une source d’idées de création d’entreprise. Plus généralement, la grossesse, le congé maternité et le temps qui accompagne la naissance de l’enfant, est un moment fécond pour un cerveau en ébullition : l’envie d’un renouveau professionnel (l’épanouissement s’affranchit des codes antérieurs, voire ne les tolère plus) rencontre les manques observés dans la nouvelle vie de parent (activité, vêtement, équipement du nouveau-né). Avec de près ou de loin, le besoin d’échanger, de créer du lien, autour de ce qui change une vie, la maternité. Ainsi, nombreuses sont les mères (les pères dans une moindre mesure, le modèle de la famille traditionnelle reste robuste) qui profitent de ce temps particulier pour monter un nouveau projet de vie professionnelle qui assimile leur nouveau statut. Motivation, idée et déclic se trouvent synchronisés, tout en s’inscrivant dans un temps de maturation disponible (chose précieuse).  Bref, toutes les conditions sont réunies pour passer à l’acte.

Ces établissements répondent par ailleurs à un besoin, une attente, qui ne s’arrête pas à ce qu’a pu ressentir l’entrepreneur isolément. Ils témoignent d’une aspiration collective à de nouveaux lieux de vie, porteurs de valeurs et de sens, qui incluent les enfants. Ces initiatives s’inscrivent dans une vie quartier, la nourrissent, et dépassent le simple lien commerçant. Une relation plus intime se noue naturellement. Notons d’ailleurs la mobilisation commune lancée en juin dernier par plusieurs de ces établissements pour faire se rencontrer les parents « laissés pour compte des crèches », et des nounous. Une entreprise citoyenne qui illustre bien l’objet particulier de ces commerces pas comme les autres.

D’un point de vue économique, la gestion de ce type de structures, au-delà de la multiplicité des activités, se heurte à 2 difficultés majeures : le coût de l’espace, et la double inconstance des familles. Les locaux, s’ils veulent être appréciés des clients-cibles, doivent être suffisamment vastes pour accueillir et faire cohabiter enfants et parents. Le prix du m² à Paris n’est pas l’ami des commerçants. Et la rentabilité de l’espace est rudoyée par le rythme singulier des familles : une surpopulation le week-end, une bonne affluence le mercredi, tandis que les jours de semaine sont plus calmes. Et le problème des vacances scolaires qui apporte une nouvelle saisonnalité à l’activité. Ces établissements estampillés « pour les familles », doivent souvent faire preuve d’imagination pour diversifier leur clientèle, voire leur activité, et optimiser ainsi le taux d’occupation du lieu (privatisation, événementiel, coffrets, CE,…).

Les 400 Coups  (12 bis rue de la Villette-19ème) est un restaurant créé par 2 associées qui ont souhaité proposer un lieu de sortie sympa pour les parents, avec un véritable espace de jeux et d’activités pour leurs enfants. Il a conquis une clientèle d’adeptes qui dépasse le périmètre du quartier. Il offre une escale savoureuse et divertissante sur le chemin du Parc des Buttes Chaumont. De nombreux ateliers sont organisés pour les enfants le mercredi.

Le Petit Café du Monde Entier (95 rue du Chemin vert-11ème), Le Petit Bazar (128 avenue Emile Zola-15ème) offrent un lieu social articulé autour d’un café, d’une boutique et d’ateliers organisés pour les enfants.

Poule Mouillette (13 rue des Récollets-10ème) est la dernière venue sur ce mode, la boutique doit voir le jour pendant l’été, et prend une forme similaire de boutique café.

ApiNapi (59 avenue du Dr Arnold Netter-12ème) quant à elle, occupe la niche « retour vers le futur » des couches lavables, avec une offre étendue à d’autres produits de naissance. Et toujours les ateliers de sensibilisation pour les futures mères.

Mum & Babe (3 rue Keller-11ème) se positionne sur le terrain du bien-être, il permet aux mères de prendre soin d’elles (coiffure, beauté) pendant que leurs enfants s’occupent dans une salle voisine. Lucie, sa fondatrice, a anticipé son besoin de mère, et l’a vécu par procuration lorsqu’elle a eu l’initiative de ce projet.

Dans tous ces lieux, on loue l’échange, la convivialité, autour de sujets quotidiens et essentiels ; le bio, le sain, l’éthique, constituent également un socle commun.  

Pois Plume enfin (71 rue d’Argout-2ème & 4 rue Henri Monnier-9ème) est une boutique-univers très singulière autour de la naissance. Elle propose des objets, des vêtements et des accessoires pour accompagner les nourrissons avec douceur et bon goût. Pois Plume lance également sa propre collection de linge (gigoteuse, nid d’ange, housse, tour de lit…).

Entre nous – Jérôme fondateur d’AGRILYS

–         Jérôme FRUGERE, vous avez créé AGRILYS VOYAGES en 2009, quelle est sa raison d’être ?

Agrilys a pour vocation de proposer aux enseignants et étudiants de l’Enseignement Agricole des voyages d’étude agricoles à l’étranger. L’idée, c’est d’être le facilitateur des projets / envies / besoins de mobilité internationale des classes. Agrilys est un peu le trait d’union entre l’agriculture, le monde et les jeunes.

–         Si nous revenons en arrière, vous occupiez un poste à responsabilité au sein du Ministère de l’Agriculture, comment avez-vous décidé de franchir le pas ? Est-ce l’idée qui s’est imposée à vous ? Est-ce l’envie de vous lancer ?…

La réussite du projet Agrilys est en fait née d’un échec ! En fin de contrat au Ministère, je n’aspirais pas à reprendre mon poste d’enseignant d’anglais en lycée agricole. J’avais goûté aux responsabilités en ayant été directeur d’une structure et responsable de personnels, de projets, de moyens …

À l’occasion d’une rencontre professionnelle, j’ai eu l’opportunité de travailler sur un projet de reprise d’une agence de voyages spécialisée dans l’agriculture pour les professionnels agricoles. Le montage de ce projet s’est fait au cours de la dernière année de mon contrat au Ministère, et j’avais déjà imaginé que le premier acte de développement de cette agence serait la création d’un produit pour les établissements scolaires agricoles.

Mais alors que la fin de mon contrat était proche, le cédant s’est rétracté.

Donc cinq mois avant la fin de mon contrat, il a fallu rebondir et je me suis dit : tu as l’idée, tu as la méthodologie, tu as les contacts, tu as les cou….., vas-y seul !

Le pas de la démission du Ministère pour pouvoir solliciter une licence d’agent de voyage a été un moment particulier. Choisir c’est renoncer … J’ai choisi l’inconnu, le vertige, l’effort.

Avec du recul, j’ai vécu ce moment où j’ai mis le courrier recommandé de démission dans la boite aux lettres comme le pas en avant qui fait qu’on tombe de la plateforme vers le vide, avec un élastique aux pieds. Bon, j’ai jamais sauté à l’élastique … mais j’ai jamais été aussi fébrile de poster une lettre !

–         Quelles sont vos principales satisfactions personnelles / professionnelles ?

C’est d’avoir choisi (et donc renoncé !) … Mais en réalité, j’ai choisi le défi, la fierté, la liberté et les satisfactions sont grandes et nombreuses !

Au niveau professionnel, la plus grande est de constater qu’au bout de 3 ans, Agrilys est toujours là ! Au moment de la création, ce cap des 3 ans paraît loiiiiinnnnn et quand on y est et qu’on regarde par dessus son épaule tout le chemin parcouru, ça fait du bien !

C’est vrai que les 3 premières années nous mettent plus souvent face aux difficultés qu’aux satisfactions, mais avec du recul, ça m’énerve qu’on m’ait autant dit que ça allait être dur, qu’il faudrait m’accrocher, qu’il fallait que j’accepte les frustrations et que j’allais en baver (pour rester poli !).

Pourquoi ne dit-on pas aux créateurs que les 3 premières années vont être difficiles (ok, à la limite, parce que c’est pas faux non plus …) mais surtout qu’elles vont nous permettre de prendre un chemin de vie incroyablement riche en enseignements, en développement personnel, en émotions, en réalisations, en rencontres, etc … ?

Bref, professionnellement, je suis très heureux de la satisfaction des clients et de leur confiance. Je me suis amélioré dans mes compétences professionnelles. J’ai déjà fait un recrutement. Les perspectives de développement sont belles et stimulantes.

Et puis il y a plein de petits moments qui ont engendré de grandes satisfactions : la mise en ligne du site internet, la première plaquette, la première affiche, le passage d’un bureau en open-space à un bureau à moi …

Au niveau personnel, là aussi, beaucoup de satisfactions ! J’ai vécu ces 3 premières années comme le commencement d’un voyage initiatique. Je comprends aujourd’hui que le besoin de créer ma boite était (inconsciemment) motivé par le besoin de me trouver personnellement. Professionnellement, je me suis toujours beaucoup investi dans mon travail, à corps perdu, avec l’impression que j’avançais à toute allure vers quelque chose.

En réalité, je pense que je fuyais un peu «mon destin» par peur de l’échec. Aujourd’hui, j’ai pris confiance en moi et en mes compétences de leader et c’est donc une grande satisfaction de vivre cela !!

–          Qu’avez-vous renoncé à faire ?

A part prendre 8 semaines de vacances l’été … RIEN !

–         Qu’avez-vous appris à faire ?

Tellement de choses au niveau professionnel … Mais, la chose dont je suis le plus heureux, c’est d’avoir appris à prendre le temps.

Juste après la création, on m’a offert le livre «Éloge de la patience». J’ai pas compris !

Aujourd’hui, je suis reconnaissant qu’on m’ait fait ce cadeau et grâce à d’autres choses que seulement l’ouvrage, j’ai appris à prendre le temps pour réfléchir, pour profiter des rencontres, pour laisser décanter les problèmes, pour apprécier les bons moments, pour m’occuper de moi.

J’ai donc appris qu’on peut être entrepreneur autrement qu’en bossant jour et nuit, qu’en s’obligeant à répondre à un email à 21h45 car « business is business », qu’en croyant que c’est ta boite qui va te permettre de te développer personnellement et de vivre mieux, qu’en ne prenant plus le temps de manger en dehors du bureau parce que « une pause de plus de 15 minutes ?? mais t’as craqué ? » etc etc …

–         L’expérience du premier recrutement : entre la perception de l’étranger qui s’immisce dans sa société et la responsabilité envers son salarié ?

C’est une étape importante en effet. J’ai pris mon temps pour rencontrer et confronter de nombreux profils. Par ailleurs, si je resterai gravé dans le marbre comme le créateur d’Agrilys, je n’ai jamais eu cette vision que ça serait MA société à jamais.

J’aime construire, j’aime le passage de l’idée à sa réalisation. Puis la phase de mise en mouvements, de croissance que je vis actuellement, mais dans ma tête, si Agrilys rend un jour heureux quelqu’un d’autre, je serai super heureux moi-même de léguer mon entreprise.

C’est dans cet esprit que j’ai recruté : un profil entrepreneurial sinon rien. Et j’ai présenté aux candidats ma vision de l’avenir d’Agrilys sans Jérôme.

Donc dans mon cas, je n’ai pas eu cette vision de «l’étranger», en l’occurrence, l’étrangère puisque mon recrutement est une jeune femme 😉

Ensuite, ma vision de ma responsabilité envers ma salariée … Hum !

J’ai été directeur dans la Fonction Publique avec tous ses cadres, ses codes et ses attentes et j’ai eu du mal à m’y retrouver. Du coup, Agrilys, c’est ma deuxième occasion d’assumer cette responsabilité et je compte bien ne pas refaire les mêmes erreurs. Quitte à en faire, autant que ça en soit de nouvelles 😉

Je vois dans mon rôle une grande responsabilité à assumer en particulier : celle de créer un environnement de travail propice au développement professionnel et personnel de ma (puis mes) salariée(s).

Ca passe, bien sûr, par la nécessité de créer les conditions de la réussite économique d’Agrilys car je suis responsable de la pérennité des emplois que je créé mais j’ai aussi envie de proposer un espace d’épanouissement professionnel et personnel.

On est tous l’étranger de quelqu’un donc vivre ensemble, c’est exposer nos différences. Aussi, si on vit ensemble dans un espace trop petit, trop fermé, il y a de grandes chances que nos différences se télescopent fréquemment et que cela génère mal-être, conflits etc …

Pour vivre bien ensemble, on a tous besoin d’un espace suffisamment grand pour se sentir libre d’être ce qu’on est. C’est ce sentiment d’espace que j’ai envie de créer à Agrilys pour que les personnalités de chacun puisse vivre et s’exprimer.

Comme je ne peux pas proposer à chaque personne son bureau personnel de 150 m2, la création de cet zone d’espace passe notamment par le partage des responsabilités (je crois foncièrement que les responsabilités donnent de la liberté), la prise en compte des rythmes différents, par une communication décomplexée et l’autorisation donnée à chacun de prendre l’espace libre qu’il veut / trouve !

C’est un peu dur à expliquer par écrit et je travaille encore là-dessus, donc tout n’est pas abouti, mais c’est un des aspects qui me passionnent en tant que chef d’entreprise !

–         L’expérience du premier « gros » contrat ?

J’ai fait très long à la question précédente, donc celle-là, je la fais courte (et d’jeuns) : le kiff total !

Sinon, grosse bouffée d’oxygène pour la trésorerie et grosse fierté aussi !

–         D’après vous, que manque-t-il en France pour favoriser l’éclosion et le développement d’entreprises comme la vôtre ?

Pff, c’est dur à dire … On peut toujours dire qu’il manque de dispositifs de financements, que les lourdeurs administratives sont décourageantes etc. et râler !

J’aime bien les initiatives tournées vers les plus jeunes publics (lycéens et étudiants) car c’est un âge où les jeunes ont des idées, une énergie qui semble inépuisable, des rêves et ce qu’il faut de rébellion ou de révolte pour affronter leurs ainés.

Il faudrait peut-être faire un peu plus rêver autour de la création … Les gens adorent l’Irlande : des paysages uniques du Connemara aux Falaises de Moher, la Guinness, la chaleur humaine des Irlandais les façades colorées des maisons à Dublin. Pourtant, l’Irlande, c’est 250 jours de pluie par an et une température moyenne annuelle de 12,8°C !

–         A contrario, quels sont les dispositifs qui vous ont efficacement aidé ?

J’ai bénéficié de nombreux dispositifs d’aides diverses (financières ou de conseil) : le prêt d’honneur à la création de PIE, adossé à un prêt bancaire avec OSEO, l’accompagnement par la CCIP pour entrer en pépinière d’entreprise, les dispositifs de conseil de la CCIP (notamment pour le recrutement).

A partir de septembre, j’intègre la 1ère promo du réseau PLATO pour passer dans la phase d’après : la croissance. Je vais tenter de décrocher un nouveau prêt d’honneur auprès de PIE, là encore adossé à un prêt bancaire, pour financer le développement des activités.

–         Une devise ?

Heureux qui comme Agrilys a fait un beau voyage …

 

Pour voyager plus loin  :

http://www.agrilys.fr/

http://facebook.agrilys.fr/

Le Démon de la Perversité

Un matin, Mireille se réveille avec une petite voix,

Une crécelle sourde, incrustée dans sa tête, qui lui susurre

« Pourquoi tu te laisses faire ? Pourquoi tu laisses tout le monde te marcher sur les pieds ? Pourquoi tu laisses la vie t’échapper ?»

C’est vrai, Mireille, la quarantaine menaçante, femme dévouée, au logis (qualité peu valorisée par son compagnon qui l’a quittée), comme au bureau,

Eprouve la sensation persistante d’enrichir les autres à son détriment, d’abdiquer sur les questions du sens et des responsabilités, de ne pas se faire confiance.

« Tu ne vaux pas moins que ta patronne : pourquoi tu ne la monterais pas ta boîte ? »

L’idée lancée bouscule Mireille, qui la balaye d’abord par réflexe coquet, comme étant une folie, impensable. Et puis, être salariée, avec des responsabilités, on peut s’estimer heureuse.

Mais elle a pénétré le for intérieur, la bougresse, comment l’ignorer maintenant ? Elle se balade, légère et provoquante, dans les larges espaces de la pensée qu’elle fixe, irradie et accapare.

Le quotidien morne bascule dans l’insupportable. Elle doit purger cette vie, tourner la page. Le plus vite possible, tant la sensation de dégoût l’oppresse, tant l’issue l’exalte. Mireille prépare clandestinement la voie nécessaire de la libération.

Mais pour faire quoi ? Elle n’a pas fait de grandes études, exerce des responsabilités d’assistante commerciale, mais n’a pas d’idée de business, ni de tour de main à exploiter.

« Tu te dévalorises encore. Tu adores la cuisine, tu aimes recevoir. Ce n’est pas sorcier de monter un restaurant, regarde Céline, elle l’a fait en partant de plus loin. »

La deuxième question est financière, Mireille dispose d’une épargne modeste.

« Tu oublies le petit héritage que t’a laissé ton père » lui rappelle sa crécelle. Mireille, respectueuse de ce qu’il représente, une vie de travail laborieux, le destinait à un emploi « sûr », un logement.

« Ne sois pas stupide, ton père serait fier de cet usage ; c’est un investissement productif, allez, file ! »

Les journées tôt terminées, elle visite des locaux commerciaux. D’abord peu  à son aise, elle se prend finalement au jeu. Mais s’impatiente. Quand un agent lui présente une « affaire en or », le sens de la mesure qu’elle s’efforçait de maintenir, rompt. Elle s’est approprié le lieu, l’a investi, un véritable « coup de cœur ».

« L’ancienne gérante, vieille et usée, ne l’exploite plus ; vous, avec votre enthousiasme, vous n’aurez pas de difficulté à doubler, voire tripler, son chiffre d’affaires ». Mais le prix lui paraît cher et il est au-dessus de la limite qu’elle s’est fixée.

« C’est justement le potentiel que vous pourrez développer ; la vieille faisait ce chiffre en ses vertes années.

Vous n’êtes pas la seule sur les rangs, j’attends une offre, mais si vous signez maintenant, bien-sûr…»

Et le loyer ?

« Un bail neuf, avec cet emplacement, ce n’est pas si cher. Je vous fais une remise d’ailleurs de 25 % sur mes honoraires. Alors ?… »

Mireille n’a pas encore vu sa banque.

« Regarde comme il est beau ce local, lui dit la crécelle, il te ressemble tellement ; tu risques de le perdre, et tu as déjà beaucoup attendu, tu veux encore attendre ? »

Dans un élan de détermination inquiète, elle dit « Banco… » à l’agent et quelques minutes plus tard sort de l’agence, le contrat signé. Elle doit déjà 3 ans de loyer, en plus du reste, et elle ne le sait pas.

Son objectif du moment, ce n’est pas d’aller voir la banque -elle se sent complexée, et elle peut attendre, elle a un petit pécule, elle ne sait plus vraiment combien-, mais de négocier un licenciement avec sa patronne, parce qu’on lui a dit qu’elle pourrait toucher des aides.

Malheureusement, pour des questions d’éthique, elle y est opposée « Quand un employé veut partir, bah, il démissionne, c’est simple. Donnez moi votre lettre ».

Mireille se trouve ainsi acculée au pied de son bonheur.

« Pas de souci, tu vas y arriver« 

 

L’araignée à l’essai

Une jeune araignée, à l’appétit vorace,

Grisée par les légendes d’empires bâtis de rien,

Choisit dans une mansarde aux beaux volumes, un recoin,

Pour terrain de chasse.

Dans un élan impétueux, elle passa outre conseil et assistance par ses proches offerts,

Et entama seule, nichée sous le toit, son œuvre filandière.

Une maigre sécrétion contraignit l’ampleur du traquenard

Qui, tissé à la simple intuition, ne manquait pas de tares.

Qu’importe, quelque moucheron risque bien de s’y perdre, il en passe tant par ici, pensa l’araignée partie se reposer.

Las, les heures lentement défilaient et la toile vide demeurait.

Après avoir vainement entrepris d’en étendre les fils, l’araignée, par la faim tenaillée,

Abandonna son guet, et visa le plancher,

Délaissa les airs pour lancer un raid sur les lattes du grenier.

Peut-être y trouverai-je une mouche affaiblie pour me sustenter,

Qui m’offrirait la ressource pour raviver l’appareil en plan laissé ?

Cette course exaspéra les dernières réserves du prédateur guère armé pour le combat,

De ses capacités, il avait préjugé, il en convint.

Se résolut enfin à rebrousser chemin pour revenir vers les siens.

 Ainsi en est-il d’entrepreneurs de la toile,

Attirés par les succès de quelques insolents,

Lancent un site comme on lance à la mer une bouteille,

Sur un malentendu, qui sait, il pourrait fonctionner…

 

En rade

Un couple, lassé de tracer le sillon, le même, toujours le même,

Dans un terrain qui offre une satiété, nulle variété,

Aspire à une exaltation autre, avide et vrombissante.

« Que dirais-tu, chéri, de prendre le large, d’aller, avec nos économies, taquiner les fonds marins,

La traversée nous apportera richesses, poissons et aventures,

Redonnera souffle et joie à notre quotidien. »

L’appel du Nouveau grise le mari qui s’arme pour la révolte :

« Importunons le sort ! »

Ensemble, ils quittent ferme et récoltes, visent un petit port de pêche, ouvert sur l’océan,

Qui régurgite pourtant âmes et vocations.

Dans le Bar des Pêcheurs, un vieil homme aux rougeâtres couleurs, met en garde les étrangers contre cette entreprise téméraire :

« La mer ne nourrit plus ses artisans, c’est un secret de tous connu, le poisson se pêche dans les usines. La chair des océans est trop subtile pour vos temps. On lui préfère la vermine. Et vos pieds n’ont jamais foulé que la terre : c’est l’ignorance qui vous guide et vous perdra… »

Décidément l’âge désespère les gens, dit le mari, plus tard sur le quai.

Ils observent les barques amarrées et, entre les épaves, distinguent une coque, de bonne taille, écaillée.

Son propriétaire les rassure sur les performances du navire qu’il se dit prêt à céder.

Ils s’accordent sur le prix que le couple règle comptant, puis dépense le reste de son argent dans la retape et de nouveaux rets.

Le lendemain, à l’aube, les aventuriers sont sur le pont, prêts à défier la mer, et leur propre résistance. Le cœur palpitant, dans un voile d’anxiété, ils font face aux premières avaries.

Les filets trop tôt jetés  tardent à frétiller,

Le vent se lève, le ciel s’obscurcit, les vagues enflent. 

L’équipée dépassée tangue et vacille,

Emportée par les courants, refoulée par les éléments,

Elle échoue sur la côte prématurément.

 

Ainsi en est-il de couples qui, pour fuir leur monotonie,

Entreprennent à la hâte dans des terres inconnues,

A presser le passé, sur l’avenir spéculent,

Ils risquent  de dissoudre le peu de bonheur acquis.

Le commerce équitable – info trafic

La quinzaine du Commerce Equitable s’ouvre dans un contexte paradoxal pour ce secteur : s’il s’est largement imposé dans les mœurs, il peine toutefois à se traduire dans les comportements d’achat. En effet, une enquête commanditée par l’Association Max Havelaar, montre que le Commerce équitable jouit d’une notoriété forte, d’une adhésion aux principes qui l’animent : 91 % des personnes interrogées jugent la démarche positive. Dans une société aux prises avec les questionnements sur le sens de l’existence, sur le sens de sa consommation, le commerce équitable apporte des réponses acceptables, il apaise les consciences. Mais, il n’a pas le monopole du cœur, d’autres voix touchent les consommateurs valeureux ; pis, croire et pratiquer s’avèrent 2 exercices différents. En fin de compte, moins d’un français sur 3 achète équitable régulièrement. Et la trajectoire observée soulève des inquiétudes.

Si ce secteur alternatif continue de progresser, il affiche quelques signes de faiblesse. Le rythme de sa croissance, aux allures chinoises depuis une dizaine d’années (+ 13 % en 2009 encore), a sévèrement fléchi en 2010 (+5 %), soit 350 millions d’euros de chiffre d’affaires (contre 460 milliards d’euros pour le commerce de détail dans son ensemble). La part de marché de l’équitable sur son produit phare, le café (qui représente 40 % du CE), ne dépasse pas la barre des 5 %.

La crise, bien évidemment, et les tensions qu’elle provoque dans le budget des ménages, dans son ouverture au monde, infléchit la consommation vers le meilleur marché. Le prix ressort d’ailleurs comme le premier frein (1 personne interrogée sur 2 estime que les prix de ces produits sont excessifs). Cette tendance se reflète dans les super et hypermarchés, puisque en 2010, ces distributeurs enregistrent une baisse nette des ventes de produits équitables de grande consommation de 2.4 %, frappant surtout les produits estampillés Max Havelaar (-9.2 % en 2010 et -4 % en 2011), alors que les marques de distributeurs, moins chers en général, progressent encore de 4.6 % en 2010. La crainte de voir ces grandes enseignes réduire la place accordée à ces produits est réelle. Devant la tiédeur des résultats observés, devant le développement d’autres façons de consommer responsable (le français, le local), certaines chaînes amorcent le virage.

La Plateforme pour le commerce équitable (PFCE) qui réunit une quarantaine d’entreprises, associations et commerçants, entend identifier des leviers de croissance, voire ouvrir la démarche à d’autres sphères citoyennes, comme les échanges Nord/Nord. Le commerce équitable concerne un nombre limité de produits (café, cacao, fruits, coton, textile ou cosmétique essentiellement), situés sur des segments mûrs. Pour franchir ce palier, le mouvement ne s’accorde pas toujours sur la stratégie de développement à suivre. Max Havelaar, qui avait prôné un essor de masse passant par la grande distribution et peut être assoupli, en conséquence, les critères de labellisation en amont (ouvrant par exemple ses portes aux grandes entreprises et aux plantations pour répondre à ces nouveaux canaux), ressort fragilisée par le reflux de ses ventes. En terme de budget propre, mais aussi d’un point de vue de ligne politique. Ethiquable a substitué un nouveau label, « Producteurs Paysans », sur 2 de ses produits phares.

En définitive, la multiplication des labels nuit au besoin de transparence et de lisibilité demandé par le consommateur. Et attise son scepticisme. Le doute sur l’efficacité de la démarche, sur les bénéfices réels pour les petits producteurs, est le 2ème frein cité par les personnes interrogées (37 % des non consommateurs). De peur d’être dupé, il préfère se rabattre sur d’autres produits, porteurs de « valeurs » (36 % de cette catégorie dit privilégier l’achat « français ») ou non. Aussi les acteurs de l’équitable doivent-ils redoubler d’informations, de communication, auprès des consommateurs intransigeants ; certifier les engagements et réalisations qui les lient aux producteurs locaux. Laver plus blanc que blanc, sans tomber dans le suspect. La tâche n’est pas simple.

La motivation – Vivre (de) sa passion

Un parcours professionnel gâché à jouer un rôle dans des entreprises, en s’amusant à prêter sa personnalité à des œuvres, des produits, de hautes valeurs humaines ou métaphysiques (Finance, Cosmétique, Audit, …) ; à prendre au sérieux les minauderies de l’acheteur, à répercuter le soir auprès de son conjoint les états d’âme de son supérieur, à travestir son comportement et ses désirs pour qu’ils soient conformes au poste et à la trajectoire qu’ils épousent en premières noces. Pour rompre avec ce personnage factice, pour purger le corps et l’esprit de ses parasites, quoi de plus normal que de se tourner vers la partie de soi demeurée pure et authentique : sa passion, son centre d’intérêt gratuit qui ne poursuit aucun autre mobile que le plaisir.

Son diplôme d’Ecole de commerce en poche, Antoine va s’employer à vendre du matériel professionnel à une clientèle d’électriciens ; il s’accorde un délai pour détecter le plaisir dans ce métier. Las, il sent l’entreprise vaine et se tourne vers la création pour trouver un emploi qui conjugue occupation et épanouissement : une librairie spécialisée dans la bande dessinée, espace social, culturel, et vivant.

La disparition prématurée de son père enseigne à Julie le caractère précaire de l’existence et l‘impérieuse nécessité de ne pas perdre de temps à la mouiller dans le plaisir ; embourbée dans une voie qu’elle s’est vue choisir pour lui, l’expertise-comptable, elle se rebiffe et décide de l’incliner vers son goût pour la cuisine et organiser ainsi des cours dans une ambiance conviviale.

Devenue experte dans l’art de vendre des assurances à des fichiers de contacts, Emilie remet en cause une situation confortable, presque inespérée, pour tenter la voie de l’esthétique, version bio, une passion de consommatrice assidue qu’elle souhaite à son tour exercer, quoique dépourvue de qualifications.

Bien sûr, mélanger le cœur et les affaires n’est pas sans risques. Ne plus avoir de cœur, ne pas avoir de business…

La motivation – « Je veux être mon propre patron »

Combien de Français souffrent d’être dirigés par des patrons incompétents, caractériels, par de piètres managers ? Des patrons qui ne savent pas reconnaître la valeur de leurs employés. L’erreur de casting, la malchance au tirage, qui tend à se répéter de service en service, d’entreprise en entreprise, assèche la réserve de patience, irrite le caractère. La volonté de s’affranchir de cette hiérarchie encombrante s’affermit tant et si bien que la création devient le remède au mal, la libération. Finie la monotonie du salaire qui tombe toujours au même moment, toujours avec le même montant, finies les luttes intestines aux augmentations, primes et bonus, finis les congés payés et les RTT si nombreux que l’on ne sait qu’en faire, finis les services d’une assistante acariâtre, d’un personnel de nettoyage négligent ; débarrassé des commerciaux qui n’en font qu’à leur tête, du service facturation qui ne comprend rien,…. Enfin seul ! Enfin libre ! Et maintenant ?

Agé de 47 ans, Philippe lâche une carrière de cadre dirigeant ingénieur de Groupe -la dernière promotion, vertigineuse pour un terrien, l’a propulsé à la tête d’une armée de 200 personnes- pour recouvrer du tangible et du concret ; il opte pour un changement de terrain radical en s’installant dans une boutique (une cellule) pour vendre des produits équitables. Il s’emploie à contenir, dompter, punir, les embardées d’un cerveau fugueur. L’adapter à son nouveau métier nécessite une éducation contrenature : l’heure passée n’a pas la même valeur, pas la même contrepartie financière.

Discriminée depuis 25 ans d’abord parce qu’elle est femme, puis parce qu’elle est femme et vieille, Christine fomente sa revanche sur les « jeunes blancs becs » et leur prouver qu’en étant femme et vieille, elle pouvait réaliser de belles choses, caméra à la main.

La bergère et les chiens

Une jeune bergère se promenant à l’écart des sentiers empruntés,

Repéra sur les hauteurs, par-delà bois et rochers, une verte prairie, baignée d’un ruisseau.

Elle fit l’acquisition d’une dizaine de brebis et moutons,

Pour assouvir son désir de liberté avec l’espoir de voir son troupeau, en ce terrain fertile, croître et prospérer.

Or, le chemin était long et périlleux : à l’orée d’une ombrageuse forêt,

Pour éviter pertes et tracas, la jeune bergère décida de s’en aller recruter des chiens de garde, à l’exercice rompus.

Elle confia le cheptel à son petit frère, en lui promettant qu’elle ne tarderait pas.

Et partit à rebours.

Le premier chien rencontré donna un accord enthousiaste, pourvu que 2 ou 3 confrères prêtassent leur concours également, car il ne pouvait pas seul assumer cette mission.

Il lui présenta 2 cousins qu’il qualifiait d’infaillibles, sur les routes escarpées comme dans les grands espaces, mais dont la compétence avait d’âpres discussions pour corollaire.

De quelle race étaient les bêtes ? Et le pré était-il vraiment vert ? L’eau coulerait-elle en juin ?

Et combien d’agneaux naîtraient d’ici l’été ?  

Il n’en fallait pas 10, mais 50, voire 100. Si la bergère était incapable de croire en la fécondité de ses bêtes, si elle était incapable d’exciter leur imagination, de les faire saliver sur le festin attendu, non, décidément, ils ne la suivraient pas.

Les arguments, autant que l’engrenage de la faim, avaient fini par convaincre les chiens d’accompagner la petite bergère au point où elle avait entamé son détour.

Elle aperçut alors son assesseur, seul, recroquevillé au pied d’un sycomore, les yeux gonflés.

Malgré ses efforts, les moutons, volages, les uns après les autres, s’étaient enfuis.

Les chiens entrèrent alors dans une rage folle, ils se ruèrent sur les jeunes gardiens de troupeau,

Et les dévorèrent comme dédommagement à leur vain dérangement.

Il en est ainsi de jeunes entrepreneurs qui, sur la route des astres,

Cherchent à consolider l’équipée, la faire accélérer, en intégrant des forces spéciales ;  

L’accent mis sur cette étape fait perdre de vue le cap initial.

La confusion des fins étourdit et provoque le désastre.

L’évolution commerçante à Paris

L’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme) a publié en début d’année un rapport, établi en partenariat avec la Mairie de Paris et la CCIP, sur L’évolution des commerces à Paris entre 2007 et 2011. Les rues de la capitale ont été ratissées par une équipe d’enquêteurs pour inventorier l’ensemble des locaux commerciaux en rez-de-chaussée. Qu’en ressort-il ? Comment interpréter l’évolution du nombre de commerces par activité : reflet des changements des consommateurs et de leur mode d’achat (commerces indépendants, enseignes et Internet), de la modification du besoin (apparition, stagnation ou disparition), ou de la crise des vocations (moins de professionnels du métier) ?

Panorama général

 Une relative stabilité du nombre de commerces. 61 232 locaux commerciaux en 2011, contre 62 139 en 2007. En effet, la baisse se relie à des annexions de locaux par des commerces qui se sont agrandis.

Le centre de Paris présente une intensité commerciale exceptionnelle, il draine les consommateurs de la Région, voire de la France et de l’étranger pour certaines activités : il concentre les grandes artères commerçantes, les 4 grands magasins historiques, le Forum des Halles, les grands magasins du luxe.

Par ailleurs, on dénombre une quinzaine de pôles d’attraction de niveau parisien : autour de places (Italie, Bastille, Nation), ou sur des artères (avenues du Général Leclerc, des Ternes).

Une soixantaine de « rues marché », d’intensités variables, rassemblent les produits et services du quotidien à leurs résidants.

Les 70 marchés découverts et les 12 marchés couverts viennent compléter cette offre.

Le territoire parisien est également marqué par des pôles spécialisés : 3 de commerce ethnique (Goutte d’Or, faubourg Saint Denis et le Triangle de Choisy), 1 de commerce informatique (Montgallet), 1 d’artisanat d’Art (Viaduc des Arts), et 1 de tissus (Marché Saint Pierre). Le commerce de gros dans le Sentier et Sedaine-Popincourt pour le textile, et Beaubourg-Temple pour la maroquinerie.

A noter, l’effort volontariste réalisé par la Ville pour agir sur ce paysage commercial via notamment les bailleurs publics ou mixtes : visant à promouvoir certaines activités comme l’artisanat d’art le long du Viaduc des Arts, à lutter contre la trop forte concentration d’activités moins désirées dans les quartiers évoqués et veiller à les redynamiser en y greffant des commerces de proximité (Goutte d’Or, Sentier,…).

 Une légère hausse du taux de vacance : 9.6 % contre 9.4 % en 2007. Les plus fortes proportions de locaux vacants se concentrent dans le grand quart nord-est de Paris, dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement), ceux de Saint-Blaise et de la Réunion (20ème). Dans le sud du 13ème arrondissement, le long des voies ferrées de la gare Montparnasse. Les 10ème et 11ème arrondissements pâtissent de l’érosion du commerce de gros.

Par ailleurs, une zone commercialement dense a tendance à se consolider, tandis qu’un quartier où le commerce est peu abondant vient à se dépeupler encore.

  Les « gagnants »

 L’activité essentielle du « bien-être » au sens large ne cesse de croître.

Les Instituts de beauté et les autres soins corporels (bronzage, massage, spa, onglerie) ont vu leurs nombres augmenter respectivement de 15 % et de 71 % pour représenter 1 210 et 606 établissements (soit un gain de 410 lieux où la beauté est célébrée).

Les salons de coiffure demeurent (2 545).

 La restauration rapide assise continue sa progression étourdissante : 1 878 locaux en 2011, soit + 28 %.

Les restaurants asiatiques ont augmenté de près de 17 % (1 519).

 Les commerces alimentaires de niche se développent et offrent des produits en opposition à la gamme massive proposée par les enseignes : les commerces de produits « bio » augmentent de 10 % chaque année, ils sont 167 dans la capitale. Les épiceries spécialisées se sont également étendues (+10 % sur la période). Les Vendeurs de douceurs, les chocolateries par exemple ont gagné 36 unités (286 en 2011), les cavistes 64 (ils sont 473).

Sans doute faut-il voir dans ces percées autant (voire davantage) l’engouement de nouveaux commerçants pour ce type de produits (une création passion ou philosophique) qu’une réponse à la hausse d’une demande (réelle néanmoins). La prolifération des caves à vin pose par exemple question (l’activité étant très concurrentielle, consommatrice de capitaux, aux marges serrées, au marché délimité : quelle logique économique y-a-t-il à créer une nouvelle offre dans un quartier qui n’en manque déjà pas ?).

 La conquête des supérettes se poursuit : + 16 % et 52 magasins en plus, sous différentes enseignes.

  Les « perdants »

 Le commerce de gros diminue de 15 % (457 établissements en moins). Les pôles restent le Sentier pour l’habillement et le textile, mais en voie de contraction, suivi de Sedaine-Popincourt (11ème) ; une dernière zone spécialisée dans la maroquinerie, les accessoires de mode et la bijouterie, située dans le quartier Beaubourg-Temple, stagne.

 Les librairies papeteries presse ont perdu 211 points de vente (- 14%) : cette tendance traduit les difficultés du secteur face à la montée en charge d’Internet et de la lecture gratuite, et le repli de la lecture en général.

 Les commerces de meubles et d’équipement du foyer ont diminué de 11 % (200 locaux en moins). De même, les commerces d’électroménager et de Hifi (-20 %/64 boutiques), les antiquaires (-16 %/154 boutiques), et les merceries et les bazars (-12 %/101 boutiques).

L’activité semble affectée par le manque de grandes surfaces disponibles dans la capitale et le niveau des loyers, qui réfrènent les élans créateurs. Sur ces produits, l’offre Internet et d’enseignes rencontre un succès croissant. L’indépendant peine à rivaliser (coûts et moyens / marché).

 Le commerce alimentaire traditionnel résiste dans la douleur : les boulangeries ont perdu 3 % mais représentent toujours 1209 commerces ; la boucherie en revanche poursuit son déclin (- 9%), elles sont 591 à Paris en 2011. Les crèmeries et fromageries sont au nombre de 117 (-11). Les poissonneries ne sont plus que 105.

La restriction de ce type de commerce vient à la fois du manque de candidats à l’exercice indépendant de ces métiers et à la croissance simultanée du nombre de supérettes (+20 %), lesquelles prennent une place significative sur ces segments.

 Les artisans tels les tapissiers (-13 %), les électriciens (-17 %), les plombiers (-6 %), les menuisiers (-22 %),…

 Parmi les victimes de la modernité, nous citons les boutiques de photographie (il n’en reste que 81 à Paris), les agences de voyages (-16%), les photocopies (-16 %), les imprimeries (- 16 %).

  Quelques tendances lourdes se trouvent illustrées par ces chiffres : la croissance continue de la beauté, de la restauration rapide, la conquête continue du territoire par des enseignes alimentaires, l’apparition d’une offre alimentaire de niche.

A contrario, d’autres activités accusent une baisse parfois conséquente, soit du fait d’un repli de la demande, d’un changement dans le mode d’achat, notamment avec l’essor d’Internet, ou de la crise des vocations (les artisans au sens large). Ces raisons sont souvent cumulables. L’inflation du foncier accélère également cette tendance, ébranlant l’équilibre économique de bien des activités.

Bien évidemment, la connaissance précise du territoire parisien est nécessaire pour réussir l’installation d’une activité commerçante qui selon ses caractéristiques et sa nature, doit privilégier une terre particulière. C’est bien connu, tout est question d’emplacement (et de son coût)…

L’Usage du Monde – Point de vue d’une libraire

Rencontre avec Katia Pérou, créatrice, avec son mari, Jean-Philippe, de L’Usage du Monde, très belle librairie généraliste située dans le quartier des Epinettes (17ème arrondissement).

–          Quel rapport entretenez-vous avec les livres ? Qu’est ce qui vous a conduit(s) à la librairie ?

Katia – L’Usage du Monde : Les livres ont toujours fait partie de mon existence et les librairies aussi. Venant d’une petite ville de Province, je lisais pour tromper l’ennui, m’occuper, me tenir compagnie… C’était aussi un prétexte pour ne pas faire mes devoirs (j’avais toujours un livre à terminer !). Pus tard (après mon bac), je n’avais pas forcément les moyens de poursuivre de longues études, il fallait que je trouve une formation courte qui me permette de trouver un emploi rapidement. La librairie s’est donc imposée naturellement.

–          Créer une librairie aujourd’hui, est-ce raisonnable ?

Oui et non. Financièrement, créer une librairie coûte cher et rapporte très peu. Les marges sont réduites et les charges importantes. De plus, la concurrence aujourd’hui est multiple : grands magasins, Internet et livres numériques…

Toutefois, la librairie est une économie stable. Dans les centres-villes, les habitants apprécient les commerces de proximité et le livre reste aujourd’hui un objet qu’on aime se faire conseiller et offrir.

–          Quelles ont été les principales étapes de votre parcours (de la décision de créer à l’installation effective) ? Pourquoi avoir préféré la création à la reprise ?

La première étape indispensable, c’est l’expérience. Je voulais ouvrir une librairie généraliste, il était donc indispensable que je me forme dans tous les rayons. J’ai donc travaillé 7 ans avant de me lancer en essayant de me diversifier (j’ai travaillé en Beaux Arts, Jeunesse, Littérature, Pratique, Tourisme, Droit, Médecine, les livres d’occasion, le scolaire…). Puis j’ai demandé à Anne (une ancienne collègue de Gibert) qui avait une grande expérience en Sciences Humaines ainsi qu’un bagage universitaire solide si elle souhaitait travailler avec moi à ce nouveau projet. Par chance, elle a accepté.

Ensuite, nous nous sommes mis en quête d’un local (avec l’aide précieuse de mon mari). Nous souhaitions un quartier sans concurrence, en développement, avec des commerces autour, sur le chemin du métro et suffisamment grand pour avoir un stock diversifié et conséquent (afin que tous les rayons soient représentés). Après plusieurs échecs, nous avons finalement trouvé ce local à Guy Môquet, un quartier très prometteur que nous connaissions bien (nous habitons dans le 18ème depuis une dizaine d’années). L’étude de marché n’a donc pas été très utile puisque nous connaissions parfaitement ce quartier (les horaires du marché, le nombre d’écoles à proximité etc.).

Nous avons fait appel à différents organismes d’aide (Paris initiative, la Drac, l’Adelc, la Région, le CNL) et nous avons également vendu notre studio. Ouvrir une librairie coûte cher, mais la création reste tout de même plus abordable que la reprise.

Une fois le local réservé et les demandes d’aide finalisées (business plan, entretiens divers etc.), je me suis lancée dans l’élaboration du stock (9000 références à choisir), ce qui a pris à peu près deux mois, un travail fastidieux mais passionnant que j’ai réalisé à l’aide de catalogues et d’un logiciel prêté par l’Adelc.

Enfin, nous avons signé le local, fait appel à un artisan pour réaliser les étagères et nous avons travaillé à l’aménagement pendant tout l’été.

–          Comment avez-vous été accueillis dans le quartier ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Le libraire a-t-il un rôle particulier à jouer ? Doit-il évoluer ?

Le libraire a un vrai rôle social à jouer, c’est évident. La librairie doit participer à la cohésion sociale, c’est la raison pour laquelle nous mettons en place des animations régulières (signatures, rencontres, et prochainement nous essaierons de mettre en place un prix).

La librairie doit être un lieu où les gens se rencontrent et échangent. C’est exactement ce qui se passe chez nous. Depuis que nous avons ouvert, les clients nous disent qu’on a redonné une âme au quartier, qu’il est bien agréable de passer le samedi et d’y rencontrer des auteurs, des voisins, des inconnus aussi, tous animés par cette même passion du livre.

–          Quel est le livre que vous aimez conseiller ? Pourquoi ?

J’ai découvert il y a quelques mois un magnifique roman (grâce à la revue « le matricule des anges »), il s’agit « d’Atelier 62 » de Martine Sonnet, aux éditions le temps qu’il fait. Martine Sonnet est une auteur qui gagne à être connue. Ce livre parle de son père mais aussi de toute une génération d’ouvriers forgerons dans les usines à Billancourt dans les années 50. C’est un texte très touchant, sensible, et un témoignage poignant. L’écriture est proche de celle de Mauvigner, un vrai roman social. Ce n’est pas une nouveauté mais nous le conseillons à tous nos clients fidèles.

–          Quelles sont vos 2 meilleures ventes de la « rentrée littéraire » ?

Nos deux meilleures ventes à L’Usage du Monde sont Limonov de Carrère et Rien ne s’oppose à la vie de Delphine de Vigan.

–          Avez-vous prévu des signatures d’auteurs ?

Nous avons reçu Lydie Salvayre pour son roman, Hymne (notre coup de cœur de la rentrée), Thomas Baas (un illustrateur jeunesse), Didier Balicevic (auteur de livres pour enfants), Elodie Rouge et le photographe Olivier Marty pour un apéro dédicace gourmand (L’Institution)…  D’autres sont prévues ensuite (nous vous invitons à consulter notre blog).

L’Usage du Monde – 32, rue de la Jonquière – 75017 Paris

Ouverte du mardi au samedi de 10h à 20h et le dimanche de 10h30 à 13h30.

Les librairies : un commerce en voie de disparition ?

Télérama titrait récemment « Et s’il n’y avait plus de libraires ? », et vouait son dossier aux menaces pesant comme un couvercle sur le métier.

Le magazine culturel n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme : « Lettre ouverte d’un libraire accablé », « La fin de la librairie : ce n’est pas l’internet qui a tué la librairie», « Les petites librairies sont à la peine »… Bref, les articles nécrologiques pleuvent sur l’état du secteur. Faut-il s’en inquiéter ?

  

 

Derrière cette cristallisation angoissée se noue une sorte de guerre larvée entre des anciens, déplorant la déliquescence intellectuelle, et des modernes, champions de la nouvelle frontière libertaire, guerre de valeurs notamment, grosse de préjugés et nourrie par les évolutions, technologiques, culturelles et soci(ét)ales. Le libraire en serait un des symboles : le gardien du temple culturel, ou l’anomalie rétrograde.  Noir, blanc.

 La lecture, fruit du milieu, de l’éducation, ou de (non) rencontres, constitue un des termes du débat. Elle voit sa part dans le temps et le budget des ménages se crisper au profit de loisirs et d’occupations « concurrents » : les Français passent, d’après l’Insee, la moitié de leur temps libre (soit 5 heures par jour) devant un écran. La lecture (y compris sur Internet) ne représente guère plus que 20 minutes par jour. Suffisant pour s’informer (un gratuit en a fait son nom), pour dévorer un roman de Guillaume Musso ou pour s’indigner avec Hessel. Cela ne signifie pas que le Français, par ailleurs, ne réfléchit pas, ne se cultive pas, ne découvre pas avec gourmandise et curiosité, humilité, n’alimente pas une vie sociale épanouissante. Une vie devant l’écran n’est pas incompatible avec une forme de recul sur l’existence, avec une certaine philosophie qui extrait de l’immédiateté et de l’immensité dépourvue de reliefs apparents. Et puis après, qu’importe.  Pourquoi faudrait-il nécessairement s’intéresser à Sophocle, Philip Roth ou Gérard de Nerval ? Quel fondement à cette hiérarchie établie ?

Le rapport au livre et à la lecture est une affaire toute personnelle. Certains ne jurent que par le papier, d’autres se sont convertis au temps du numérique et à la liseuse, certains combinent les 2 modes de lecture ; une majorité enfin reste fidèle à l’abstinence et demeure éloigné de ce loisir violent.

Bref, le livre, le vrai (que signifie d’ailleurs un « livre » numérique ?), doit partager, il doit composer. La librairie pure aussi : elle voit sa part du gâteau grignotée (passée de 21 à 17 % en 10 ans) par les grandes surfaces, culturelles (22.5 %) ou non (20 %), et par la montée en charge des librairies en ligne (11 % du marché).  Le marché du livre, s’il a résisté, se déplace et crée des remous. Le libraire de quartier se trouve au cœur de ces troubles.

Face à l’offre de livres de la grande surface, laquelle concentre des achats différents en un lieu unique, face à l’étendue, voire la profondeur, du fonds des grandes surfaces culturelles et des libraires sur Internet, face au développement du catalogue numérique, quelle est la raison d’être du libraire ?  

La librairie est d’abord un lieu, un lieu à part, qui met en valeur les livres et diffuse ainsi une atmosphère singulière. Elle sert ces sens, physiques, irremplaçables. Elle éclaire un quartier, un territoire. Elle place la culture à portée de main. Chaleureuse et intime. Elle tisse des liens, elle invite au dialogue, à l’échange, aux rencontres. Elle est ce lieu de vie courant et précieux. Pour qui est sensible à l’âme et au corps du livre.

La librairie abrite ensuite un libraire, un homme, une femme, un passionné qui a choisi la voie des lettres, à rebours de la facilité. A côté des (trop) nombreuses nouveautés (qu’il subit bien souvent), il sélectionne et met en avant des classiques et des œuvres moins courues, un fonds qu’il fait tourner, qu’il met en scène.

Les temps sont durs pour les libraires : en tête du classement des commerces à la rentabilité la plus faible (un résultat net de 1.5 %, loin des 7 % des opticiens, sans parler de la rémunération du gérant), ils ne disposent d’aucune marge de manœuvre. Les remises accordées par les éditeurs restent maigres (33 %, même si certaines maisons comme L’Ecole des Loisirs ou Gallimard tendent à les augmenter), le poids des stocks et l’inflation des loyers fragilisent une activité qui encaisse par ailleurs une contraction de la demande… Et les libraires s’inquiètent de l’impact de la hausse de la TVA.

30 ans après la Loi Lang et l’instauration du prix unique du livre, les pouvoirs publics et les organisations professionnelles continuent de soutenir ce commerce particulier. L’Adelc, le Centre National du Livre, apportent des solutions de financement et des conseils. Les municipalités et les collectivités partagent souvent cet élan. Les libraires eux-mêmes cherchent des idées pour se développer : à noter l’initiative récente lancée par 9 librairies indépendantes de l’est parisien pour créer un réseau, Librest, qui mutualise certaines actions (site Internet commun, fonds, emballages,…).

Le livre n’est pas mort, le libraire non plus. Il a encore de belles pages à écrire, s’il arrive, dans les chapitres qui s’annoncent, à accrocher des lecteurs mobiles, en adaptant son histoire, sans dénaturer son style. Maillon crucial de la chaine du livre, considéré des éditeurs, protégé des pouvoirs publics, le libraire a une place à occuper dans la cité. Paris, à cet égard, reste un formidable territoire pour les librairies, par sa densité, son histoire, sa population.

Nous avons besoin de libraires, indépendants, passionnés, passeurs de culture et d’histoires. Soutenons-les, lisons !